lundi 17 octobre 2011

China Express : les photos

Ni-hao !

Pas facile de continuer à s'occuper correctement de notre blog alors qu'on nous bloque l'accès à Picasa et à notre blog lui même !
Les photos du dernier article ne sont apparemment pas passées...
Comme la dernière fois, voici donc un lien pour aller les voir ailleurs en ligne :

http://www.dropbox.com/gallery/22924853/2/PhotosBlog%20NE%20PAS%20SUPPRIMER/20111011%20-%20China%20Express?h=1b288a


Des bises à tous depuis la "petite" ville de Meishan, au Sud de Chengdu. Nous sommes enfin repartis sur la route, direction Leshan où nous allons voir un Buddha géant de 71 mètres...
Puis, si nous obtenons bien notre extension de visa, nous filerons plein Ouest dans les contreforts de l'Himalaya, avant de redescendre ensuite vers la région du Yunnan.

N'oubliez pas que vous pouvez toujours suivre notre avancée en cliquant sur le lien "Où sommes-nous ?", à gauche.

A bientôt,

Thomas et Elise

mardi 11 octobre 2011

China Express


La fin des stans
26 septembre. Nous parcourons un large et splendide défilé de montagnes d'un rouge flamboyant, et arrivons au poste frontière d'Erkeshtam. Nous doublons une file interminable de poids lourds qui reviennent à vide, après avoir déversé en Asie centrale leur cargaison de produits chinois.

Côté kirghize, les formalités sont vite expédiées. Mais nous arrivons côté chinois à la mauvaise heure : c'est la pause de midi, et la douane ferme pour 3 heures. Enfin, c'est midi à l'heure de Pékin ! Toute la Chine tourne à la même heure officielle, celle du fuseau horaire de Pékin, située à l'Est du pays. Autant dire que dans les régions de l'extrême-occident, cela fait un peu décalé ! Le soleil se lève à 9h, se couche à 21h... drôle de rythme !
Depuis Erkeshtam, trois jours de vélo suffisent pour rallier Kashgar. Nous roulons à quatre, puis à six, avec deux hollandais et deux allemands. L'Europe en route vers la Chine. « L'effet peloton » est grisant, surtout lorsque, après 200 km de montagnes russes sur une route en travaux, on récupère un bon bitume et un faux plat qui nous fait avaler à 30 km/h les 40 derniers kilomètres vers Kashgar.

Kashgar, village uyghur de 300 000 habitants
Kashgar était une étape de la Route de la Soie, où les caravaniers faisaient escale après la traversée du désert du Taklamakan, et avant d'affronter les cols du Pamir. Aujourd'hui, c'est une étape pour les centaines de cyclistes qui, tous les ans, roulent vers la Chine. Lorsque nous arrivons, deux douzaines de vélos sont déjà parqués dans la cour de l'auberge de jeunesse. Tous les soirs arrivent de nouveaux cyclistes, l'air fourbu et le visage poussiéreux. Après les pistes défoncées, les cols à 3 ou 4000, les hébergements spartiates, les commerces vides et la nourriture pauvre de l'Asie centrale, l'arrivée en Chine est un petit concentré de bonheur...
D'abord, il y a la nourriture : dans le bazar nocturne, on se régale de brochettes, de poisson frit, de beignets aux légumes et de pastèques. Le lendemain, dans une petite allée cachée derrière la Bank of China, on se noie dans un univers de bonnes odeurs et de jolies couleurs : ici, toutes les échoppes proposent, pour une bouchée de pain, de délicieux plateaux de légumes sautés et épicés. Mmmmh !

Mais c'est pour le pire et pour le meilleur : on trouve aussi des plats peu appétissants de tripes et d'abats, et dans le ragoût sur-nagent souvent des pieds et des têtes de poulet... Les gens parlent fort, ils crachent, pètent et rotent sans retenue... mais ils sont souriants et gentils. La vie est dense, peuplée, animée, les rues grouillent en tous sens... mais il règne ici une tranquillité presque villageoise, comme une nonchalance qui serait descendue des Monts Célestes, si proches.
Pas de doute, ici on est pas encore vraiment en Chine, nous ne sommes « que » dans le Xinjang. La région est peuplée d'uyghurs, qui sont les cousins des kirghizes, des ouzbèkes et des turkmènes. Leur langue est très proche des langues turques d'Asie centrale : tout en commençant notre apprentissage du chinois, on peut donc continuer d'utiliser nos résidus de turc et nos bribes de kirghize.
Enfin, les uyghurs sont musulmans. On trouve plusieurs mosquées dans la ville, très fréquentées en ce vendredi de prière. On croise des femmes affreusement voilées d'une sorte de serpillière marron négligemment jetée sur la tête – elles peuvent voir à travers les mailles plus ou moins lâches du tissus. La plupart des panneaux indicateurs sont d'ailleurs écrits en chinois et en arabe : c'est dommage, on commençait à arriver à lire le cyrillique !

A travers la Chine...
De Kashgar, nous expédions nos petits vélos par le fret ferroviaire, à destination de Chengdu. Inch'allah, nous devrions les y retrouver dans 10 ou 15 jours. Puis, après avoir chargé toutes nos sacoches sur Diabolo, un petit diable à roulettes acheté pour l'occasion, nous embarquons dans un premier train à destination de Korla : 15 heures de trajet, plein Est, à travers le désert du Taklamakan.
Nous voyageons en « sièges durs », ce qui correspond grosso-modo à la quatrième classe. Pour cause de fête nationale, c'est le début des vacances en Chine. 100 millions de chinois sont dans les trains et les avions, ils rentrent dans leur ville d'origine ou partent faire un peu de tourisme domestique... Les transports sont donc pleins à craquer, ce n'est vraiment pas le meilleur moment pour voyager en Chine ! Tant-pis pour nous...
Dans le wagon, une dizaine de voyageurs viennent se masser autour de nous pour parler anglais, apprendre quelques mots de français, ou nous en apprendre quelques uns en chinois. Nous arrivons finalement à Korla à 3h du matin, éreintés.
Le lendemain, nouveau train, à destination de Xian : 40 heures de trajet, mais cette fois nous sommes en couchette... quel luxe ! Le wagon compte une douzaine de petites cellules, dans laquelle on fait coucher 6 personnes (3 bannettes superposées de chaque côté).

Passer une journée entière dans un train est une expérience fort intéressante. Sa petite couchette devient son petit chez soi : on s'y couche, on y dort mieux que nulle part, bercé par le doux remous des wagons on marche, et on s'y réveille paisiblement. On passe une journée entière à lire, à potasser nos premières leçons de chinois, à boire du thé, à déambuler de la couchette aux strapontins et des toilettes au distributeur d'eau chaude, à explorer les wagons voisins, ou simplement à regarder défiler les paysages désertiques du Xinjang, puis du Gansu. Autour de nous, les chinois jouent aux cartes avec fièvre et entrain, et grignotent sans cesse. Après un dernier plat de nouilles chinoises, on se recouche dans sa bannette, pour une nouvelle longue nuit de sommeil...
Quand on se réveille, les paysages ont beaucoup changé. Un voyage de nuit réserve toujours des surprises. Il fait gris, sans doute très humide, mais les paysages sont verdoyants. Le train zigzague dans un dédale de collines et de vallons, où coulent des rivières chargées de boues. Sur les reliefs se dessinent harmonieusement des terrasses qu'on imagine cultivées. Nous traversons des vallons entiers sur un pont en béton à 20 ou 30 mètres de haut, en « survolant » un patchwork de petites parcelles de maïs, de céréales ou d'arbres fruitiers. Sous nos fenêtres défilent les petits villages de la Chine rurale, et les petites routes qui les relient. Nous bouillons déjà d'impatience de retrouver nos vélos : comment peut-on profiter de ces merveilles en les « survolant » ainsi, même si notre train n'avance qu'à 60 km/h... ?
Xian, capitale antique
Enfin, après plus de 40 heures de trajet, nous entrons en gare de Xian. Nous nous extirpons de la foule des voyageurs qui arrivent, contournons la foule des voyageurs en partance, et prenons notre place dans la queue aux guichets, pour acheter nos billets pour le tronçon suivant. Tous les trains sont complets pour encore une semaine... nous achetons donc des billets sans réservation, en « place debout », pour Shanghai ! Advienne que pourra...
Le voyage en train nous a un peu déboussolé : c'est qu'on est pas habitués à voyager si vite ! Ainsi, nous voilà donc déjà arrivés à l’extrémité de la route de la Soie, là d'où partaient toutes les cargaisons de riches marchandises pour Rome, pour Istanbul, pour Venise... La grande pagode et son temple bouddhiste, la tour de l'horloge et la tour du tambour sont les visites incontournables du centre de Xian.

Dans la grande pagode, des chinois en vacances viennent se recueillir devant une statue dorée du Bouddha ; ils allument un cierge et laissent un billet. On se sent parachutés ici, plongés brusquement dans une nouvelle culture, qui n'a plus grand chose à voir avec les mosquées et les medersas, les grands iwans et les mausolées...
L'attraction incontournable de Xian, c'est aussi bien sûr l'armée des soldats de terre cuite : le premier empereur de la Chine unifiée, sous la dynastie des Qing, avait le tempérament guerrier. Il a fait enterrer à ses côtés, peut-être pour prolonger sa domination jusque dans l'éternité, une gigantesque armée de quelques 6000 statues de soldats en terre cuite, fantassins, archers, chevaux et chars, officiers et généraux... Tous en taille réelle, et chacun avec un visage unique.

Standing ticket

Le voyage jusqu'à Shanghai est épique. 15 heures de train « seulement » (départ 17h, arrivée 8h...), mais le wagon est bondé. Les 118 places assises sont occupées, et au moins une cinquantaine de personnes se sont amassés en plus, le long du couloir central, devant les toilettes, ou sur les plate-formes qui conduisent aux wagons précédents et suivants. C'est comme un RER un jour de grève... sauf que le trajet dure 15 heures, de nuit !

Régulièrement, le petit gars qui vend des pattes de poulet et des soupes instantanées vient traverser le wagon avec son chariot à roulettes, obligeant tous les passagers avachis par terre à s'extirper de la position plus ou moins reposante qu'ils avaient fini par trouver, coincés entre une valise, un rebord de siège, et les fesses du voisin. Le tout dans un environnement « à la chinoise » de pets et de rots, et de déchets en tout genre qui s'accumulent sur le sol (mégots sur les plate-forme, emballages, coques de graines de tournesol). Les WC ? Auto-censuré...
Dans ce genre de situation, on trouve en nous un élan d'entrain et de solidarité insoupçonnés. On se motive, on rit de ce qui nous entoure, on s'encourage, on se partage le meilleur coin de par terre... et ainsi passent les 15 heures les moins confortables de notre vie.
Shanghai, capitale économique
Nous voilà donc arrivés à l'autre bout du continent, sur les rives de la mer de Chine, à l'embouchure du fleuve Huang Pu. Nous passons 6 jours ici, confortablement hébergés chez l'oncle de Thomas.

Shanghai, c'est l'effervescence étourdissante et la démesure d'une métropole de 23 millions d'habitants, deux fois l'île de France. C'est l'histoire d'une ville comptoir, où les pays occidentaux avaient établi au 19e siècle des concessions, des banques et des chambres de commerce, aujourd'hui luxueux bâtiments sur la rive du fleuve, vestiges d'un passé économique glorieux.
C'est Pudong, la rive Est du Huang Pu, nouveau centre économique et financier où se dressent des tours de verre et d'acier qui rivalisent dans la course à la hauteur. Un panorama urbain digne des grandes villes américaines, avec ces gratte ciels et ces tours futuristes qui dessinent un paysage de science fiction... C'est le côté cosmopolite d'une ville du monde : 10 000 français travaillent ici, plus les allemands, les anglais, les américains... sans compter les japonais et les coréens. On croise des occidentaux partout, et la plupart habite ici. C'est l'incroyable dynamique de construction, d'agrandissement, et d'étalement ; la ville pousse en tout sens. La moitié des grues du monde serait en Chine. Combien à Shanghai ?

Enfin, c'est une étape plutôt originale pour des voyageurs à vélo... Nous étions dans le moule à Kashgar. Ici, on se sent un peu marginaux...
Voilà deux semaines qu'on a pas roulé, deux semaines qu'on partage nos vies entre des grandes villes et des compartiments de train. Les mollets nous démangent, l'air pur et les beaux paysages nous manquent. Il est temps de repartir ! Demain, direction Chengdu. Si nos petits vélos sont bien arrivés, et si nous arrivons à obtenir une généreuse extension de notre visa, nous descendrons alors tranquillement vers le Laos, à travers les provinces du Sichuan et du Yunnan. A suivre...

Pour voir les photos cliquez sur ce lien :
http://www.dropbox.com/gallery/22924853/2/PhotosBlog%20NE%20PAS%20SUPPRIMER/20111011%20-%20China%20Express?h=1b288a

vendredi 7 octobre 2011

Photos du Kyrghyzstan (suite et fin)

Bonjour à tous,

Google et le gouvernement chinois n'entretenant pas de très bonnes
relations, nous n'avons pas réussi à charger nos photos sur Picasa
depuis notre arrivée en Chine... Nous avons également beaucoup de
difficultés à nous connecter à notre blog, lui aussi hébergé chez l'ami
Google...

Nous avons finalement trouvé une autre méthode pour vous faire partager
nos photos :

http://www.dropbox.com/gallery/22924853/1/20110925%20-%20Kyrghyzstan%202%20selec%20Blog?h=6fe24c

Flash-info rapide : nous avons passé la frontière Kyrghizstan/Chine il y
a 2 semaines, et sommes ensuite arrivés à Kashgar. Après 5 longues
journées de train, et une étape à Xian (le point de départ de l'ancienne
Route de la Soie), nous voilà déjà à l'autre bout de la Chine, à Shanghai.

A très bientôt pour un récit plus détaillé de cette traversée "express" !

Thomas et Elise

jeudi 29 septembre 2011

Derniers cols avant la Chine...

Des cailloux, de la poussière et de la tôle ondulée

Lorsque nous quittons le paradisiaque Song Kol, c'est pour emprunter une longue et mauvaise piste et rejoindre, via Kazarman et Jalal Abad, la vallée de Fergana. Et, de là, la Chine.

On commence par dévaler 600 mètres d'un coup sur une piste qui vient dessiner une trentaine de lacets dans le versant abrupt de la montagne. A mesure que l'on descend, le revêtement empire, les cailloux en forme de galets envahissent la piste. On poursuit notre descente tant bien que mal et arrivons finalement en vue de la large vallée de la Naryn. Au village de Kutka, on s'arrête déjeuner d'un bol de lagman, et faisons quelques provisions : quatre paquets de nouilles chinoises, 1 litre de confiture, deux sacs de biscuits secs.

On poursuit notre route vers Kazarman. La piste est si insupportable que parfois il vaut mieux la quitter et rouler sur le sol aride de terre craquelée qui la borde, au milieu des buissons épineux, en suivant d'hypothétiques traces de chevaux et de véhicules.

Le lendemain, on doit grimper un col à 2800m, puis redescendre. Puis remonter de 300m. Puis redescendre. Cette piste est un enfer. Nos petits vélos sont sales comme jamais (et nous aussi!) ; la poussière s'incruste dans toutes les parties sensibles. Nous prenons le pli de les dépoussiérer soigneusement tous les soirs, armés d'un chiffon et d'une brosse à dents. Nettoyer la transmission est le minimum syndical, mais un coup sur les freins et les câbles ne fait pas de mal non plus...

Nous trimbalons plus de 10 litres de flotte avec nous, car l'eau est ressource rare sur cet itinéraire. Nous croisons une rivière dans l'après-midi, nous y faisons le plein et nous lavons tous les deux presque entièrement. Nous filtrons toute l'eau que nous buvons, ce qui représente un petit exercice physique supplémentaire qui vient agrémenter nos pauses : faire passer trois litres d'eau à travers un filtre à céramique de 0,2 microns nécessite un peu d'huile de coude !

Les kilomètres défilent lentement, trop lentement. En montée, on ne dépasse guerre les 5 ou 6 km/h, et maintenir le vélo en équilibre entre les cailloux et les bosses de la tôle ondulée requiert une attention permanente. En descente, on ne profite même pas, arc-boutés sur nos freins à zig-zaguer sur toute la largeur de la piste, d'un côté puis de l'autre, pour essayer de trouver le meilleur revêtement.

- C'est comment où t'es ? - Pas trop mal !

A 17 heures, on a parcouru 55 km, et on est épuisés comme après une journée de 100 km ! On s'est fixé 60 comme objectif. On vise la dernière petite montée, face à nous, et on se prend à rêver :

- Derrière il y a sûrement une prairie parfaite pour camper, avec de l'herbe bien tendre...
- Et plein d'autres cyclos qui y font étape ce soir !
- D'ailleurs il y a sûrement une auberge de jeunesse.
- Qui nous servira une bonne omelette aux herbes et aux champignons.
- Et une délicieuse tarte aux poireaux !
- Et de la crème brûlée !
- Et des bières bien fraîches en pression !
- Je sais : derrière ce col, il y a le Bar de la Plage !!

Lorsqu'on passe finalement le petit col, 5 km de descente nous attendent : en bas, une petite maison en terre, toute seule, isolée. Elise prévient :

- S'il n'y a pas de femmes, on ne s'y arrête pas !

C'est qu'on a pas spécialement envie de passer la soirée avec un bucheron solitaire alcoolique... Deux chiens aboient lorsqu'on passe, au ralenti, devant la maison. Une vieille dame et trois petites gamines pointent leur nez par la porte et rappellent leurs chiens, puis nous font signe de venir. Une autre femme nous invite au thé ! Voilà, c'est là que nous passerons la nuit ce soir, chaleureusement accueillis et nourris par Burmagül, sa mère et sa belle-soeur !

Le lendemain on passe trois, peut-être quatre petits cols dans la matinée. De ces cols si insignifiants dans le vaste paysage accidenté qui nous entoure, qu'ils ne portent même pas de nom...

On maudit l'abruti de topographe qui a tracé cette route, comme s'il avait voulu prendre un malin plaisir à nous faire grimper sur les versants et redescendre dans les vallons. A quelques kilomètres à vol d'oiseau d'ici coule paisiblement le fleuve Naryn : longer ses berges aurait sans doute été une option bien plus intelligente pour éviter tout ce dénivelé. Le soir venu, on lira dans notre guide que la route fut construite en 1903 par les militaires russes... tout s'explique ! En attendant, on jure, on s'énerve, on dérape, on crie, on maudit l'imbécile de topographe, on se demande ce qu'on peut bien foutre là, mais on avance tant bien que mal...

Enfin, peu après un village, la piste amorce une longue descente pour rattraper la vallée de la Naryn. Nous traversons le fleuve et, enfin, arrivons à Kazarman. La ville s'étale dans de longues rues paresseuses, où déambulent vaches, ânes et chevaux. Ville tranquille, ville morte, ville fantôme ?

On nous indique une maison d'hôtes où passer la nuit : nous toquons, franchissons le portail, et trouvons dans la cour 4 personnes et 2 vélos : Frédérique et Audrey sont deux randonneuses françaises en vacances au Kyrghizstan ; Lorenzo et Lisa voyagent à vélo depuis le Kazakhstan jusqu'en Chine. Il est belge et elle est hollandaise. Soirée improbable mais tellement agréable, à boire des bières sur la terrasse et se raconter nos voyages respectifs...

Retour en vallée de Fergana

Après Kazarman, c'est le col de Kaldama, 3060m, qui nous attend. Sur une piste toujours éreintante, on rejoint le pied de la longue montée vers le col, et bivouaquons là.

Le temps est couvert, plutôt frais, et on est fatigués de cette nouvelle journée de montagne russe sur de la mauvaise piste. De plus, on est pas très satisfaits de notre lieu de bivouac, et un semblant d'inquiétude nous habite en pensant à la difficile ascension du lendemain. Pour couronner le tout, voilà le filtre en céramique qui casse brusquement pendant la rituelle opération de filtrage de l'eau... Décidément, ce soir, c'est bivouac de mauvais poil !

La montée au col, le lendemain, s'avère bien plus facile que ce qu'on imaginait. On arrive au sommet presque surpris, d'autant plus que l'altimètre avait 200 m d'erreur... De l'autre côté, on croise Mat, un cyclo anglais parti de Pékin, en route pour Manchester... On discute longuement sur le côté de la route, puis un petit gamin sorti de la yourte juste à côté vient nous offrir du pain, du beurre et de la crème, du fromage, du thé... Moment magique !

C'est marrant, on a jamais eu une aussi mauvaise piste, et en même temps on a jamais rencontré autant de cyclistes : hier, trois allemands, un espagnol et une anglaise... et Mat nous apprend que deux français en vélo couché le suivent à une demi-journée...

Nuit dans un jardin, puis suite de la descente vers Jalal Abad le lendemain. On a retrouvé le bitume, et filons à toute allure avec le vent dans le dos, sur un agréable faux plat. On dépasse Jalal-Abad, et continuons jusqu'à Ozgen, où nous arrivons avec 100 km au compteur. Le seul hôtel de la ville est correct, si ce n'est que douche et WC ne sont qu'une seule et même petite cabine avec un trou au milieu. La patronne est insupportable, elle nous aboie dessus... vraiment pas accueillant.

Le lendemain nous sommes à Osh, deuxième ville du pays. Dans un petit appartement qui sert d'auberge pas chère pour baroudeurs (4 euros/pers), on rencontre un australien qui est venu de Malaisie à vélo, mais veut poursuivre son voyage à cheval. On est tous un peu les uns sur les autres, mais c'est ça qu'est bien ! Et l'ambiance est bon enfant... On partage notre piaule avec un turc, une japonaise, et avec Adam, un cycliste néo-zélandais.

Au marché, les échoppes incendiées, les murs noircis, les vitres éclatées, les carcasses rouillées des hangars effondrés donnent une triste ambiance à la ville. Osh a été le théâtre d'affrontements sanglants en 2010 entre ouzbèkes et kyrghizes.

Derniers cols avant la Chine

De Osh, il n'y a plus que 4 cols à nous séparer de la Chine. Le col de Chyiyrchyl, 2389m, n'est qu'une formalité. Puis on se dirige vers le col de Taldyk, 3615m. Les chinois travaillent d'arrache-pied pour finir de bitumer la route, et le tronçon le plus haut est encore une piste fort poussiéreuse. Mais quelle surprise nous attend de l'autre côté : face à nous, de l'autre côté de la jolie vallée de Sary-Tash, les hauts sommets enneigés du Pamir s'élèvent à plus de 6000 mètres, dominés par le Pic Lénine, à 7134m.



mercredi 21 septembre 2011

Au pays des yourtes, des chevaux et des montagnes

Décollage immédiat
Tash Komur, jeudi 8 septembre. De crainte de ne pas avoir le temps de faire notre boucle kirghize dans le temps imparti par notre visa, nous décidons d'embarquer dans un taxi partagé vers le nord du pays. Mais à peine avons nous parcouru 50 km que nous regrettons... La route est en très bon état, le trafic très tranquille et surtout, les paysages sont magnifiques : de barrage en barrage, dans des gorges encaissées, nous remontons le cours du fleuve Naryn, et contournons le lac de Toktogul, d'un bleu profond. Par les fenêtres de notre petit van défilent des reliefs surprenant et colorés. Puis nous nous engageons dans un joli vallon boisé, le long d'une petite rivière, jusqu'au col d'Ala-Bel. Après les déserts iranien et ouzbèke, le changement est radical ! 


Juste derrière le col s'étendent des jailoos, ces grandes steppes peuplées de chevaux, de moutons, de vaches et de yourtes. On en peut plus, on bout d'impatience de rouler dans ces étendues. C'est plus fort que nous, alors on craque et on demande au chauffeur, qui ne comprend pas bien pourquoi, de nous laisser là, à 100km de notre destination initiale. En quelques minutes, nos petits vélos sont remontés, et nous, parés de nos vêtements chauds. Avec l'altitude, nous avons perdu plus de 15 degrés. C'est un pur bonheur : on descend tranquillement la route, les yeux grands écarquillés pour découvrir ces nouveaux visages, ces nouvelles habitations, ces nouveaux paysages... Le soir on trouve un joli petit bivouac pour planter notre tente et on se couche en ayant l'impression d'avoir pris un avion. 

Confiture et sauna 
Après trois jours de piste dans la vallée de la Suusamyr, nous arrivons au petit village de Kyzart par un temps orageux. On ne se voit pas planter la tente ce soir car il y a trop de vent. On reprend donc nos habitudes turques et nous dirigeons vers la mosquée du village. L'imam nous oriente vers une maison voisine, où nous sommes accueillis avec du thé, du pain, de la crème et une succulente confiture de fraises. Alors qu'on essaie de se faire comprendre par la gestuelle pour savoir s'il va pleuvoir demain, la famille comprend que nous voulons prendre une douche. On nous emmène dans une petite cabane en bois, au milieu du village, où nous découvrons à notre grand étonnement … un sauna ! Comme il n'y a pas l'eau courante dans les maisons, un sauna municipal est ouvert quelques jours par semaine. Une surprise bienvenue après plusieurs jours à nous débarbouiller dans l'eau froide des rivières ! Cela nous fait l'effet d'un calmant et ce soir là, nous nous couchons à 8h du soir... 

La clé de 16 du paradis 
Au petit matin, nous quittons la famille, une soupe de pommes de terres et d'abats de moutons dans le ventre. Nous voilà prêts à affronter la montée jusqu'au lac de Song Kol, un lac glaciaire, perché à 3000m d'altitude. La carte est peu précise, et les indications des locaux encore moins : hier soir deux jeunes à cheval nous avaient annoncé 20 kilomètres de montée ; ce matin notre hôte nous parle de 30, et plus tard sur la route un noble vieillard juché sur un beau cheval noir nous indique 100 kilomètres de piste jusqu'au lac ! Nous commençons à grimper sur une jolie piste qui serpente dans les versants herbagers d'un petit vallon, et suivons les dizaines de mètres défiler lentement sur l'altimètre. A 2400 m, on s'arrête le long du ruisseau pour y faire une petite lessive. A 2600 m, on grignote une poignée de cacahuètes enrobées de sésame. 2700 m, on filtre 3 litres d'eau, et on remplit nos gourdes. La piste se fait ensuite plus raide, et la terre cède la place aux cailloux. Les pneus dérapent sur les rocs, l'équilibre est difficile à basse vitesse, les embardées et les pieds à terre de plus en plus fréquents. 2800 m, nouvelle pause grignotage. En repartant, CRAC ! Voilà la chaîne du vélo de Thomas qui lâche subitement, sur une piste où nous avons croisé en tout et pour tout depuis 4 heures qu'une voiture et un cavalier... 


Je prévoyais la fin de vie prochaine de la chaîne et de la cassette de pignons, et je transporte donc dans mes sacoches une cassette et une chaîne neuves, livrée par mes parents à Tashkent. Plutôt que de changer par anticipation, j'ai préféré attendre les vrais signaux d'usure...Dommage ! Car, course à la légèreté oblige, toute la boîte à outils du bon bricoleur à vélo n'a pu rentrer dans nos sacoches. J'ai ainsi choisi d'emporter un démonte-cassette, mais pas la clé de 16 nécessaire pour le faire tourner, faisant le pari suivant : un démonte-cassette, c'est pas facile à trouver, mais c'est léger, mieux vaut l'avoir avec soi ; une clé de 16, c'est lourd mais on en trouve partout dans le monde, jusque dans les patelins les plus reculés... Enfin, à Song Kol, on en doute quand même ! 
Impossible donc de remplacer maintenant la cassette de pignons. Et monter la chaîne neuve sur la vieille cassette, que je dois de toutes façons remplacer, serait du gâchis. Je dois donc me contenter d'une réparation de fortune : je remplace la paire de maillons défectueuse. 10 minutes plus tard, nous repartons, et PAF !, deuxième rupture, c'est un autre maillon qui lâche... Je répare une deuxième fois, avec une autre paire de maillons de rechange. Mais je n'insiste pas, la pente est trop raide, le vélo trop chargé et la piste trop mauvaise... Bref, la tension demandée à ma vieille chaîne est bien trop forte... Tant pis pour moi, je poursuivrai en poussant le vélo. 
50 mètres plus haut, Liv est épuisée, il est déjà 15 heures et la vraie faim se fait sentir. Une poignée de cacahuètes n'y peut plus suffire, il faut du costaud, alors on sort l'artillerie lourde. On s'affale sur le bord de la piste et sortons des sacoches la petite boîte de paté Henaff qui nous reste de l'approvisionnement de Tashkent : un vrai régal sur du pain frais de ce matin, avec une tablette de Milka en dessert... voilà un déjeuner réparateur ! 
300 mètres nous séparent encore du col, on les grimpe tant bien que mal, en poussant nos vélos. Et enfin, au détour d'une épingle, sans prévenir, la vue se dégage brusquement sur un immense plateau, bien plus grand que ce que l'on imaginait, et au milieu duquel s'étend un vaste lac bleu profond : le voilà ce fameux Song Kol... 

La saison est déjà bien avancée, mais il reste ça et là des campements nomades : les yourtes sont éparpillées sur le plateau comme des marguerites dans une grande pelouse, ou comme l'écrit poétiquement Ella Maillard « comme des œufs de mouche sur un pli de viande avariée ». Des troupeaux de chevaux, de moutons et de chèvres déambulent en liberté dans cet immense espace où règne un silence assourdissant. Le spectacle, contemplé depuis le col, est grandiose. Nous prenons le temps de nous en imprégner, avant de descendre tranquillement vers le lac sur une piste qui devient rapidement une simple trace au milieu des herbes, comme un doux tapis de velours. Quel plaisir de descendre sur ce ruban de feutre après avoir poussé le vélo dans les cailloux ! On se laisse guider par les chemins traces. Elise repère une yourte à proximité où deux chiots mignons comme tout aboient gentiment. Lorsque Thomas franchit le petit ruisseau qui nous en sépare, CRAC !, voilà la chaîne qui re-casse une troisième fois. « Putain ! », crie-t-il dans un coup de colère, mais Elise est déjà toute affairée à faire des papouilles aux deux chiots sous le regard amusé d'un petit gamin de 3 ans, et la maman qui sort de la yourte nous invite à prendre le thé... Nous avons trouvé notre famille d'adoption pour 2 nuits ! 


Nous voilà sous la yourte, à nous régaler à nouveau d'une délicieuse confiture sur du pain maison, tout en sirotant thé sur thé. Le père Cemil, et son fiston de 12 ans, Mered, sont bientôt de retour au foyer et je leur explique mon souci : trouver une clé pour pouvoir manœuvrer mon démonte-cassette. Mered, du haut de ses 12 ans, est vif comme l'éclair : en deux secondes il a compris et me ramène une petite pince. Ici, ils n'ont rien de mieux. Il me regarde attentivement décharger les sacoches, retourner Aranda, démonter la roue et sortir ma petite trousse à outils. Et nous voici, lui à tenir le fouet de chaîne pour maintenir la cassette, moi à serrer fermement la pince en essayant de faire tourner le démonte-cassette... sans succès, la pince dérape à chaque coup. Le père, qui suit également l'opération, semble soudain avoir une idée. Du petit étui en cuir qu'il porte en bandoulière, comme tous les nomades croisés sur le plateau, il sort une vieille paire de jumelles, et regarde au loin chez la yourte des voisins : oui, il y a du monde ! Ceux-là ont une auto, ils doivent bien avoir des outils ! Sitôt dit sitôt fait, nous filons à travers le plateau chez les voisins, lui à cheval et moi avec Buzuk. Le voisin n'est pas là mais sa femme nous laisse fouiller dans la caisse à outils dans la voiture : bingo ! Voilà une clé de 16 ! Mais halte là jeune homme, on ne repart pas comme ça sans avoir bu un petit kymyz ! Cette fois, il faut y passer, et tout à ma joie d'avoir finalement trouvé ici, en plein cœur du Kyrgyzstan, sur un plateau désert à 3000 mètres d'altitude, l'outil qui me manquait, j'avale sans broncher mon bol de lait de jument fermenté. C'est acide et ça pique, mais c'est excellent pour la santé, parait-il ! 
De retour chez Cemil et Djepar, à l'aide de Mered, je change la cassette, je nettoie à fond les dérailleurs et le pédalier, j'installe la nouvelle chaîne... Aranda est prête à repartir, la transmission comme neuve ! 

Instants de vie de nomade 
Cemil et Djepar ont 4 enfants. Chaque année, ils installent leur yourte au lac à partir du mois de mai et jusqu'au mois d'octobre. Ils montent avec leurs animaux (12 juments, 1 vache et une trentaine de brebis), et ceux qu'on leur a confiés. Cette année ils ont donc plus de 200 brebis et chèvres. Chaque matin, Djepar trait sa vache puis écrème le lait, et Cemil part à dos de cheval mener les brebis et chèvres pâturer. Les juments sont traites le soir et laissées en liberté toute la nuit et la journée... Mered est très doué pour retrouver tous ces troupeaux au milieu des autres, et les faire rentrer a la maison. 
La famille est presque auto-suffisante en nourriture. Heureusement car leur seul revenu est celui du gardiennage des animaux : chaque brebis ou chèvre gardée 5 mois au lac leur rapporte 1,50 euros. Les nuits sont fraîches et nous apprécions dormir dans la yourte, même si nous sommes coincés entre les bouts de viande de cheval à sécher, la panse d'estomac de mouton remplie de beurre et le caillé de fromage... 

Les yourtes ne sont pas bien grandes, mais pas besoin de plus. Un poêle, alimenté toute la journée par des bouses de vache sèches ou du charbon, sert à faire cuire le pain, chauffer l'eau pour le thé et mijoter la soupe... Le petit panneau solaire aperçu à l'extérieur est relié à un bijou de technologie chinoise : un caisson bleu qui renferme une batterie de voiture, et sur la façade duquel sont enfichés un fusible, une rangée de prises 12 V pour brancher des ampoules, deux hauts parleurs et un auto-radio. Le yourto-radio, appelons-le ainsi, débite en boucle une musique pop kyrghize fort amusante, sorte de turbo-folk local lourdement rythmé et agrémenté du chant aigu et enjoué de quelques chanteuses folkloriques déclamant les merveilles du Kyrghizstan... C'est fantastique ! La radio ne fonctionnant plus, nous offrirons à Cemil notre petite radio portable. Il en était tellement content qu'il l'a trimbalé avec lui toute la journée et du coup on l'entendait revenir… 


Après deux jours de repos au lac Song-Kol, nous reprenons la piste pour rejoindre la vallée de Fergana puis la frontière chinoise.
Voila encore quelques photos pour vous faire rêver...
20110913 - Kyrghzstan 1 TashKomur SongKol

mardi 20 septembre 2011

Et de 8000 !


13 septembre, col de Moldo Ashuu, 3135 m : nous passons les 8000 km !

lundi 19 septembre 2011

Photos : Ouzbékistan

Salam alekum !
Notre petite escapade kyrghize touche à sa fin. Nous avons fait un petit tour sur les hauteurs du plateau de Song Kol et, après 400 kilomètres de piste pourrie, nous voilà de retour dans la vallée de Fergana, à Osh, deuxième ville du pays.
Dans le petit appartement qui sert d'auberge pour voyageurs, et où nous avons échoué, nous retrouvons Internet, et pouvons donc enfin vous publier les photos de nos "vacances" en Ouzbékistan, avec mes parents.
20110905 - Uzbekistan
Le récit et les photos du Kyrghizstan suivront bientôt... Deux pays en -stan, deux pays voisins, deux anciennes républiques soviétiques, mais la comparaison s'arrête là : notre expérience y est complètement différente !
A bientôt donc...
Thomas et Elise

mercredi 7 septembre 2011

Du Kirghizstan...

Après avoir profité jusqu'au bout du confort et des commodités de l'hôtel Uzbekistan, nous quittons finalement Tashkent à 16 heures. 45 kilomètres plus tard, nous voici à Toytepa, sur la route de vallée de Fergana...
Comme après Istanbul, la reprise n'est pas facile... C'est la fin du tout-confort. Après une semaine nourris-logés-transportés-guidés, il faut nous replonger dans le système « débrouille toi toi-même », pour manger, pour dormir et pour s'orienter, alors que nous n'avons que quelques rudiments très basiques d'ouzbèke et de russe ! Nous serons finalement accueillis chez l'habitant trois nuits de suite, le temps de rallier Namangan.

4 jours après avoir quitté Tashkent, nous avons pu franchir sans problème hier midi la frontière entre l'Ouzbekistan et le Kyrghizstan, au minuscule poste de Uch'kurgon ! Et nous voici arrivés à Taskomur, petite ville minière sans charme mais où nous avons échoué dans une sympathique chambre d’hote...
Nous abordons peut-être maintenant l'étape la plus « roots » du voyage, deux ou trois semaines de piste à travers les steppes et les montagnes kyrghizes. Nous prévoyons de remonter vers le Nord sur la route de Biskek, jusqu'à Suusaymir, puis de grimper au lac de Song Kol via Caek, et de redescendre par une piste de traverse jusqu'à Kazarman, Jalal-Abad, puis Osh. De là nous prendrons la direction de la Chine, via Sary-Tash et le col d'Irkhestam. Les curieux iront vérifier tout cela sur une carte !!
Nous devrions avoir assez peu accès à Internet (pour ne pas dire pas du tout) ! Déjà ici, à Taskomur, il nous a fallu aller dans le bureau du Directeur de la banque pour pouvoir trouver une connexion !
Nous serons donc de retour sur la toile dans un mois sans doute, à Kashgar, en Chine... D'ici là, pas de photos, pas de nouvelles... et pas de mise à jour de notre position sur la carte... il va falloir être patients !

A très bientôt,
Thomas et Elise

vendredi 2 septembre 2011

Tourisme en famille en Ouzbekistan


Nous arrivons à Tashkent, la capitale ouzbèque,  un jour avant Catherine et Hugues, les parents de Thomas. Nous sommes très impatients de les voir : ça fait maintenant  6 mois que nous nous sommes quittés...
On est d'autant plus heureux de  les retrouver qu'ils nous apportent une valise entière de ravitaillement : une pelletée de journaux et de magazines, des petites lettres de la famille et d'amis, un bon rayon de soins pour la peau (la notre en voit de toutes les couleurs !), des pneus, des chaînes et une cassette de pignons, du vin et du fromage... Mais le plus agréable est sans doute de nous glisser dans de nouveaux habits tous frais, jolies jupes et t-shirt colorés, un vrai bonheur après tous ces mois à porter presque toujours les mêmes frippes... Les plus attentifs auront peut-être même remarqué que Thomas portait la même chemise blanche depuis un mois !

Après avoir abandonné vélos et sacoches à la consigne de l'hôtel, et laissé nos passeports dans le circuit toujours complexe des demandes de visas, nous embarquons dans un train à destination de Khiva, à l'autre bout du pays. Djakhangir, qui sera notre guide francophone pendant 10 jours, nous accompagne.

Nous voilà partis pour un petit circuit touristique à travers le pays, dépaysant pour mes parents comme pour nous, mais pas pour les mêmes raisons ! Pour nous, c'est une semaine de grand confort, car nous faisons étape de ville en ville dans des hôtels « de catégorie moyenne » (soit, ramené à notre niveau de vie à vélo, de vrais palaces !). Et c'est une semaine moins riche en rencontres, mais extrêmement dense en informations : Djakhangir nous abreuve d'explications détaillées sur l'histoire, sur la civilisation, sur la religion, sur l'architecture, sur la géographie de son pays...

Pour rallier Khiva, il faut vingt heures de train, dans un compartiment où il fait plus de 30 degrés car la climatisation fait des siennes !  Heureusement l’excellent pique nique pain-pâté-fromage, palets bretons et bouteille de vin nous aident à passer le temps. Pendant des heures et des heures nous verrons peu de traces de vie : l'immense désert de Kyzyl Koum n'est pas très hospitalier. Parfois nous voyons des habitations et des troupeaux de chèvres perdus au milieu des dunes de sables. Mais comment des gens peuvent-ils vivre ici où rien ne pousse ?

Nous arrivons finalement à Khiva, cité rebelle de voleurs et de trafiquants d'esclaves. Comme à Yazd en Iran, les bâtiments sont en briques de terre cuite, ce qui donne à la ville cette teinte ocre si caractéristique. Quant aux minarets, aux portails des medersas et aux coupoles des mosquées, ils portent encore ces faïences turquoises si caractéristiques de l'Orient.


500 kilomètres sur une route défoncée en travaux, soit 8 heures de route à travers le désert, nous amènent ensuite à Boukhara, ancienne capitale du khanat (royaume) sassanide au 9e siècle, et ancienne cité caravanière au carrefour des routes de la Soie vers la Chine, l'Inde, la Russie et l'Europe. La ville regorge de monuments à visiter : la citadelle du Roi sassanide, des mosquées et écoles coraniques, un ancien mausolée du X ème siècle, le palais de l'émir du XIX ème siècle...

Nous quittons ensuite Boukhara en direction du Nord-Est, et faisons étape pour la nuit près de l'oasis de Nurata, dans un campement de yourte tenu par un couple de russes, en plein dans le désert. Le soir, balade en chameau et musique traditionnelle kyrgyze au coin du feu... Pause baignade le lendemain dans le lac Aydar Kul, créé dans les années 70 par les soviétiques dans le but d'écrêter les crues de l'autre grand fleuve du pays, le Syr Daria.

Nous arrivons à Samarcande pour la fin d'un festival de musiques du monde, qui se tient en plein sur la somptueuse place du Régistan, entre trois gigantesques portails d'écoles coraniques. Samarcande, ville mythique de l'Orient, capitale de Tamerlan, dont l'empire s'est étendu de Constantinople jusqu'à Dehli, fut également une étape charnière de la Route de la Soie. Nous y visiterons aussi l'impressionnante mosquée Bibi Khanoum, et les ruines de l'observatoire d'Oulour Beg...


Nous sommes finalement revenus à Tashkent hier, à bord du train Shark, et c'est ainsi que se boucle notre petite boucle de la mi-parcours... L'excellente surprise à notre arrivée fut d'avoir réussi à obtenir nos deux visas kyrghyzes et chinois... obtenir deux visas, dont le chinois, dans une capitale d'Asie centrale, en ne passant que 48 heures dans cette capitale, relève d'une petite prouesse, que nous avons soigneusement arrosé pour notre soirée d'adieu avec mes parents et avec Djakhangir...

Mes parents ont pris l'avion ce matin à l'aube, et sont déjà en Europe à l'heure qu'il est... Un énorme merci a eux pour ces 10 jours de vacances. On adore les visites !
Pour notre part nous quitterons Tashkent cet après-midi, direction la vallée de Fergana puis les grands espaces du Kyrghizstan : nous avons hâte de ré-enfourcher nos vélos, et de partir sillonner les paysages kyrghyzes, que l'on dit paradisiaques...

PS1 : Nous publierons bientôt l'album avec les photos de Khiva, de Boukhara, de Samarcande et du désert de Kyzyl-Koum... il y a un peu de tri à faire...
PS2 : Des nouvelles recettes sont en ligne !

lundi 22 août 2011

Course contre la montre

Nous avons quitté Mashad dimanche dernier pour nous engager dans un petit rallye : rallier Tashkent en 7 jours, pour l'arrivée des parents de Thomas. 1200 kilomètres de désert nous séparent alors de la capitale ouzbèke, la moitié de sable, l'autre de coton.

Acte 1 : de Mashad à la frontière turkmène

Après 3 semaines de vacances, nos petits vélos reprennent du service, et commencent en beauté : nous parcourons 122 kilomètres de Mashad à Mazdavand, record journalier battu !



Le lendemain, nous filons comme l'éclair dans un désert de sable et de caillasse, sur un bitume impeccable. Deux camionneurs nous interpellent et nous offrent une pastèque... Amusant, pour notre premier jour en Iran, nous nous étions également fait offrir des pommes sur la route...

Mercredi 17 août. Nous abordons la frontière turkmène au petit matin. A 7 heures, un policier iranien vient ouvrir la lourde grille du portail, pour nous permettre de pénétrer, comme le précise l'inscription en farsi et en russe sur le fronton rouillé, dans la « zone de transit frontalier de Sarakhs ».
Une fois passées les formalités de sortie on s'oriente vers un pont métallique qui franchit une malheureuse rivière asséchée, qui marque la frontière. Sur le pont, on chante « Ayatollah caca, khomeyni petit zizi »... Je rêvais de voir Elise ôter le bas de son pantalon, arracher violemment son hedjab, et secouer sa crinière aux yeux des soldats iraniens qui gardent le pont... Mais, plus réservée, elle préfère attendre d'être en terrain sûr !
De l'autre côté du pont, on se reformate en mode « turc » pour saluer les soldats turkmènes. Pas de bol, en turkmène on ne dit pas « Merhaba », on dit « Salam », comme en Iran !

Acte 2 : Le Turkménistan

(Enfin) finis les tchadors noirs, ici les femmes portent des longues robes colorées et élégamment taillées. Les hommes ont des dents en or, et les faciès ont très nettement changés : il y a quelque chose de mongol dans ces visages burinés, les yeux bridés, la tête un peu plus aplatie et la peau brûlée par le soleil.
Le désert a fait place, miracles de l'irrigation, à des milliers d'hectares de champs de coton. Nous traversons maintenant ce désert vert confortablement installés dans un taxi. Il fait 45°C dehors. La route est droite à l'infini, parfaitement plate, l'horizon tracé au cordeau... Sur les berges des canaux, les roseaux plient sous un vent puissant et régulier qui souffle du Nord... décidément, on ne regrette pas de parcourir ces 200 kilomètres en voiture !
« Yol yervet, yol yervet! » répète notre chauffeur, en zigzagant entre les nids de poule. « La route est pourrie ! ». En fait, tout est yervet au Turkmenistan, nous confie-t-il : les bâtiments, les routes, les camions, l'économie, la politique...

Palais de marbre blanc et hôtels minables...

Nous arrivons à Mary après 4 heures de route, une performance au vu de l'état de la route. Larges avenues à 3, 4 ou 5 voies, grands bâtiments de marbre blanc abritant diverses administrations, monuments à la gloire de Nyazov, de ses parents ou des victimes de la guerre... bienvenue dans une ancienne République soviétique !


Nous faisons la connaissance de Bakhtir, qui nous conduit dans un hôtel pas cher où il vient de passer la nuit. Le prix (6 manats/personne, soit 1,5 euros!) est à la hauteur du standing de cet hôtel délabré : pas de salle de bain, mais deux trous séparés d'une planche de contreplaqué font office de WC communs. Au mur, un tuyau en PVC pendouille, il est équipé d'une vanne et sert de robinet. Dans les chambres, les vitres ont les carreaux cassés, la porte n'a ni serrure ni poignée, et on dort sur de vieux sommiers à ressorts, couverts d'une couche et d'un drap à la salubrité douteuse.

Bienvenue en vodka-land !

Nous sortons ensuite dans un petit boui-boui du bazar, où l'on nous sert trois bières à la pression bien fraîches... Un vrai régal : voilà plus d'un mois que nous n'avons pas bu une goutte d'alcool !Pour la deuxième tournée, Bakhtir cale à mi-hauteur du verre... Pas de souci, le remède est simple : 100 grammes de vodka ! Aussitôt dit aussitôt fait, le patron lui sert un petit verre rempli à ras-bord, que Bakhtir descend d'un trait. Le teint rougi, les yeux pétillants, il peut ensuite finir son demi de bière tranquillement, tout en poursuivant la conversation avec un ton un peu plus enjoué. Arrivés à la fin du verre, Bakhtir recommande un verre de vodka avant de quitter le bar, les yeux vitreux.


En Iran, il fallait se battre pour payer une addition. Ici, nous devons préciser à Bakhtir que nous ne lui payons que ses deux bières, mais à lui de régler ses vodkas. Les invitations, si nombreuses en Iran, ont disparu. Ici, tout se monnaie, du trajet en voiture jusqu'au gardiennage des sacoches à l'hôtel.
Enfin, après trois semaines dans un pays où l'alcool est prohibé, nous voici arrivés dans une région où la vodka, triste leg de l'occupation russe, envahit les étals des supermarchés et ravage les esprits des hommes. Nul doute, cette frontière que nous avons passé ce matin, elle est loin d'être artificielle !

Ce cher président

Au musée historique et ethnographique de Mary, le plus amusant est, sans aucun doute, la section consacrée au Président Gurbanguly Berdymukhamedov, successeur de Nyazov depuis sa mort en 2004.
Une série de photos, plus truquées les unes que les autres, présentent le cher président des turkmènes dans toute sorte de situations abracadabrantes : diplomate, on le voit serrer la poigne aux grands chefs d'Etat de ce monde. Entrepreneur, on le voit inaugurer une usine hydraulique et visiter un atelier de tissage. On le voit aussi en costume traditionnel monter un cheval turkmène, et faire le feu dans une yourte. Sportif, on le voit faire du VTT et jongler avec un ballon de football...



A la télévision, sur les chaînes nationales, on ne voit encore que lui : signer des gros contrats pour la construction d'un nouveau bâtiment pharaonique et inutile, guider la visite de chantier pour les patrons de Bouygues (heureux maîtres d’œuvre de ces chantiers dispendieux), repartir au volant de son rutilant 4x4 blanc...
On croit rêver, mais c'est pourtant vrai ! Au 21ème siècle, il existe encore des pays où le président entretien un culte de la personnalité aussi ridicule, et des populations pour ne pas s'en offusquer outre mesure...

Pour rallier Turkmenabat, nous voyageons en train de nuit. Les vélos trouvent leur place sans difficulté dans le fourgon de queue, à côte d'une cargaison de tapis.

Acte 3 : dernière ligne droite

Nous quittons Turkmenabat le lendemain samedi, à l'aube, pour attaquer la plus longue journée de notre voyage : l'objectif est d'atteindre Bukhara, à 140 km d'ici. Avec en prime une frontière à franchir dans la matinée...
Partis à 5h30, nous parcourons les premiers kilomètres à la fraîche et franchissons l'Oxus (l'Amu-Darya) au lever du soleil, sur un pont flottant fait de barges métalliques amarrées les unes aux autres à travers le fleuve.  


Nous atteignons le poste frontière turkmène à 8 heures, c'est l'ouverture. Une petite foule bigarrée de femmes en robes colorées et d'hommes en tenue du dimanche s'est massée devant la grille. Les soldats turkmènes arrivent prendre leur service et laissent filtrer les gens un par un, en entrouvrant le portail, après avoir vérifié leur passeport.
Petit à petit la « foule » se presse contre le portail, s'impatiente, commence à pousser. Les soldats résistent, ils sont maintenant 5 ou 6 à maintenir fermement la grille. Les gens poussent, râlent, poussent plus fort encore... A deux reprises, les soldats cèdent, la grille s'ouvre en grand et déverse son flot de voyageurs pressés sur le tarmac de la zone de transit.
Apparemment la scène est quotidienne. Cependant, à voir les soldats et leurs fusils en bandoulière, nous craignons qu'elle ne dégénère : un nouveau mouvement de foule, l'énervement de l'officier, des coups de semonce en l'air, puis dans la foule ??

Ce ne sera heureusement pas le cas. 10 minutes plus tard, l'officier nous ouvre la barrière et nous cheminons vers les rituels contrôles de police et de douane turkmènes, puis ouzbèkes. De formulaires inutiles en questions idiotes, ces formalités sont toujours aussi ridicules.
A la douane turkmène : - Vous avez un ordinateur ? - Oui. - Montrez le moi. J'ouvre ma sacoche et sors le petit portable. Je ne l'allume même pas. - Qu'y a-t-il dedans ? - Des « informations touristiques ». – Rien sur le terrorisme ? - Non. - Bien, c'est bon, allez-y.
Chez le médecin ouzbèke : - Êtes-vous en bonne santé ? - Oui. - Diarrhée, fièvre ? - Non, non. - Ceci est un thermomètre, je vais prendre votre température. Il me pointe son pistolet infrarouge sur le front. L'appareil, visiblement pas très fiable, affiche 35°C !! - Bien, c'est bon, allez-y.

Nous sommes finalement « libérés », côté ouzbèke. Youpie, mais il nous reste 100 km à couvrir ! Sur la route, les gens nous saluent ou nous sifflent, les cyclistes locaux viennent rouler quelques mètres avec nous, les enfants nous crient « Hello, hello ! »... On se croirait revenus en Turquie !



Après plus de 8 heures à pédaler et 140 km au compteur, nous arrivons à Bukhara épuisés. Je suis vidé, j'ai mal au ventre, sans doute à cause du soleil, ou d'avoir grignoté des figues et des biscuits secs ouzbeks toute la journée...

Bukhara – Tashkent
Dernière étape de notre rallye ce matin, 15 kilomètres au petit matin pour rejoindre la nouvelle gare ferroviaire de Bukhara. Et nous voici à bord du train Sharq, 2e classe, destination Tashkent... Mes parents arrivent ce soir par avion, nous allons passer 8 jours avec eux pour découvrir Khiva, Bukhara et Samarcande... trois perles de la Route de la Soie ! La suite au prochain numéro...

L'album photo de la traversée Mashad - Tashkent :
20110820 - Mashad-Tashkent

dimanche 21 août 2011

Photos : Iran, de Tabriz à Mashad

Suite de la livraison de photos : voici les images de notre traversée d'Iran, via Tabriz, Esfahan, Shiraz, Yazd et Mashad.

20110816 - Iran

Photos : d'Erzurum à la frontière iranienne...

Bonjour à tous !

En Iran il nous était impossible d'accéder à Picasa pour mettre nos photos en ligne... Au Turkménistan, impossible d'accéder à Internet tout court...
Rassurez-vous, nous voici maintenant en Ouzbekistan, et dans la capitale s'il vous plait : ici Internet fonctionne (à peu près) correctement.
Voici une première série de photos, avec les derniers jours en Turquie et le passage au pied du mont Ararat...
Bon diaporama !

20110731 - Turquie 7 Erzurum Dogubeyazit Ararat

mercredi 17 août 2011

Le tchador et l'anti-filtre

Après la Turquie des champs, nous sommes partis à la découverte de l'Iran des villes... Nos petits vélos ont quant à eux fait route à part : ils ont voyagé seuls, comme des grands, dans un train pour Mashad à l'est de l'Iran, où nous les avons retrouvés après 2 semaines de tourisme dans les magnifiques cités perses d'Esfahan, de Shiraz et de Yazd.

De ville en ville nous avons été accueillis par des couch surfeurs iraniens, tous plus gentils les uns que les autres, et constamment prêts a rendre service. De jeunes couples trentenaires en familles traditionnelles, nous avons essayé de mieux percevoir le quotidien de tous ces individus ayant vécu une révolution, une guerre de 8 ans et actuellement dirigés par un régime totalitaire...

Bienvenue au pays des interdits et de la censure...

De l'interdiction de boire de l'alcool et de se promener avec des jeunes du sexe opposé, à celle de critiquer le gouvernement, en passant par l'interdiction d'installer une antenne satellite pour accéder aux chaînes du monde entier, la liste est longue... « Ici tout est interdit. Je ne veux même pas de vacances car je ne saurais pas quoi faire ! » nous dira un jeune de notre âge.
Sur les trottoirs on croise de très nombreux militaires, policiers et soldats. Difficile de s'y retrouver car il nous semble qu'aucun n'a le même uniforme... Point commun : ils sont le support de l'appareil politique de la République Islamique, et sont donc là pour faire respecter les lois. Nous, touristes, nous ne risquons pas grand chose mais nous avons instantanément ressenti le climat d'angoisse et de méfiance qui règne en permanence.
Vous pensez bien qu'internet est filtré : Facebook, You Tube, mais aussi certains articles du Monde.fr et même notre blog est inaccessible. On ne saisit pas toujours les raisons de ces censures, mais c'est comme ça !
Mais la censure peut peu de choses face à l'ingéniosité des geeks et des pirates de l'informatique. Des « anti-filtres » ont vite été développés, et tous les internautes iraniens ont installé un de ces logiciels pirates qui permet de se connecter à Internet au travers d'un serveur proxy distant, doté d'une adresse IP étrangère et qui ne subit donc pas le filtrage...

...où la religion est omniprésente...

Qu'on l'aime ou ne l'aime pas, la religion est partout : avec les minarets des mosquées dominant les paysages, les portraits des éminents imams Khomeyni et Kameni placardés à chaque coin de rue, avec les tchadors et les voiles habillant les femmes, avec les mollahs monopolisant les chaînes de télévision.
Un jeune architecte nous a dit : « Ici tout est lié à la religion même la construction de toilettes ! Il est interdit de les orienter dans le sens sud-nord de peur de montrer ses fesses a la Mecque ! ».
Pour autant, la plupart de nos rencontres en Iran ne correspondent pas exactement aux clichés qu'on peut se faire de la population de la République Islamique... mais elles sont représentatives d'une certaine frange de la jeunesse iranienne, à Téhéran ou dans les autres grandes villes du pays. C'est cette jeunesse dépeinte dans les Chats Persans, ou dans Persepolis, qui haït son gouvernement, écoute du rock et garde de la vodka au frigo.
66% des iraniennes affirment ne pas aimer porter le voile (ce que je comprends encore plus maintenant) et seulement 10 % de la population ferait le ramadan. Qu'en conclure en termes politiques ? Pas grand chose, dans la mesure où, contrairement à leur régime, certains iraniens savent marquer la différence entre leur foi et leurs idées politiques. D'autres non : 'Je ne fais pas le ramadan, je suis socialiste !'

...et le changement politique, pas pour tout de suite !

La grande majorité des gens en Iran sont déçus par le gouvernement, mais, d'après certains de nos hôtes, bien peu d'entre eux sont suffisamment éduqués et ouverts sur le monde extérieur (Internet, TV étrangère, livres...) pour se rendre compte du caractère particulièrement autoritaire du régime des mollahs, par rapport aux autres pays. Impossible pour eux d'imaginer des alternatives.
« Le changement est possible, mais il prendra du temps. La dernière révolution datant de 30 ans, la prochaine ne pourra pas avoir lieu tout de suite ! » nous dira Mehmet.
D'autre part, beaucoup de jeunes ont été échaudés par les mouvements de 2009, où ils ont perdu des proches, assassinés par la police ou par les milices révolutionnaires. Vu la brutalité du régime, les jeunes ne sont plus forcément prêts à risquer leur vie pour tenter l'impossible.
Trop de gens encore en Iran n’aspirent pas au changement. Au mieux, un basculement politique et un changement de présidence est possible... Ahmadinedjad devra peut-être passer la main. Mais la chute de l'indéboulonnable Guide Suprême, et du régime des mollahs, qui contrôle aussi toute l’économie du pays, ne semble pas être pour demain.
Lorsque l'on évoque le printemps arabe, les avenirs probables pour l'Egypte, pour la Tunisie, pour la Syrie, les iraniens ne se positionnent pas. Ils attendent de voir qui prendra le pouvoir là-bas avant de juger le caractère positif ou négatif de ces révolutions. Ici plusieurs milliers de personnes ont soutenu la révolution en pensant que ce ne pourrait pas être pire que sous le Shah, et pourtant...

Et les femmes dans tout cela ?

Après quasi trois semaines passées en Iran, j'ai hâte de quitter ce pays où l'on vous fait bien comprendre que vous êtes toujours inférieures aux hommes (ce qui est noté textuellement dans le Coran) et où on tente de vous rendre invisible.
Déjà il y a le voile, toujours là pour vous cacher les cheveux et surtout vous faire transpirer. On aperçoit tout de même un certain nombre de jeunes iraniennes qui le porte « à la rebelle », en laissant largement dépasser une mèche de cheveux, voire la moitié de la chevelure... En revanche toute femme se doit de porter un vêtement long qui cachent les bras, le décolleté et les fesses : inutile de venir en Iran pour reluquer les fesses des filles...
Le ressenti de chaque femme par rapport à ces tenues de rigueur se trahit dès qu'on quitte l'espace public pour rentrer dans l'espace privé : la plupart des femmes que nous croiserons, à Tabriz, à Esfahan et à Shiraz, se débarrasse de leur voile dès le seuil de la porte franchi, et troque bientôt la longue tunique pour des habits légers et courts bien plus adaptés à la chaleur de l'été iranien.

Mais il y a aussi le tchador. Ce long voile noir que certaines femmes maintiennent serré dans leurs mains, ou entre les dents lorsqu'elles ont les mains prises, les recouvre de la tête au pied et ne laisse dépasser que l'ovale de leur visage, Ainsi enfermées, elles ne sont plus que l'ombre d'elles mêmes, et leurs silhouettes noires qui glissent sur les trottoirs sont parfois attristantes.. J'ai porté le tchador lorsque nous sonnes allés visiter le mausolée de l'un des douze imams de l'islam chiite...un grand lieu de pèlerinage où il n’était pas question de venir sans ce déguisement. Comme je me suis sentie mal a l'aise et soumise dans cette tenue !
Plus déconcertant que les tenues, il y a les codes de conduite. Dans les bus, ne pensez même pas vous asseoir n'importe où : le bus est séparé en deux parties. Les hommes montent à l'avant, et les femmes à l'arrière. Le bon musulman ne doit pas serrer la main à une femme ne faisant pas partie de sa famille, ni s’asseoir à ses cotés, ni même la regarder dans la yeux... Thomas a le droit à de chaleureux accueils tandis que moi je suis comme invisible. A se demander si j'ai la peste...

L'Iran pendant le ramadan

Se passer de boire, de manger, de fumer, de rire du lever du soleil (4h10) à son coucher (19h45)... Voila ce que tout bon musulman est censé faire pendant le mois du ramadan.
Ici, il a commencé un jour après les autres pays musulmans. Pourquoi ? Et bien tout simplement parce que les hauts responsables religieux du pays ont décidé de montrer au monde entier que l'Iran est différent des autres pays !
Apparemment le jeune n'est suivi que par 10 % des iraniens. Beaucoup ne font qu'un jeune partiel (ils se privent seulement de manger, mais pas de boire ; ou ils jeûnent seulement pendant une partie du mois).
Dans la rue, partout autour de nous, nous croisons quantité de gens qui suivent plus ou moins fidélement ces préceptes... Bien sûr, les restaurants et les pâtisseries font porte close. Les rares établissements ouverts sont voilés d'un long drap, ce qui permet d'ailleurs de les repérer facilement depuis la rue. Mais on voit aussi des gens pique-niquer dans les parcs, et même, ô hérésie, boire aux fontaines des mosquées !

Le rêve d'émigrer

Qu'ils soient architectes ou géologues, économistes ou ingénieurs, les voisins, les amis ou les cousins de nos hôtes, 95% des jeunes de 20 a 30 ans que nous avons rencontré souhaitent partir étudier, travailler et vivre ailleurs. Ils ont tous un projet d'études quelque part dans le monde.
Ainsi, c'est toute une frange de la population qui n'a plus qu'un rêve, celui de fuir ce pays autoritaire où les libertés sont reniées, où la loi islamique étouffe la population... car dans la plupart des cas, le manque de débouchés professionnels n'est pas la première raison invoquée par ces jeunes pleins d'ambition : c'est bien une immense soif de liberté qui les motive tous à aller vivre ailleurs, en démocratie.
Destination favorite : le Canada, pays international pour lequel il est plus facile d'obtenir un visa que pour l’Europe. Mais aussi France, Italie, Suède, Grèce... l'Europe fait rêver.
Ici il est difficile de trouver un boulot : si l'on a pas de contact avec les grandes familles, on est pauvre, et si l'on participe a des réunions à contre courant, on peut se voir refuser la délivrance d'un diplôme (tel que guide touristique)...Quant aux jeunes parents, ils ne souhaitent pas voir leurs enfants être éduqués par des propagandistes. A l’école primaire, les élèves ont 8 livres : 1 de maths, 1 de science, 2 de farsi (la langue) et …. 4 de religion !

Alors que tout le monde veut émigrer vers l'occident, nous nous allons continuer notre route vers l'orient. Nous allons quitter une dictature pour en trouver une autre, le Turkmenistan. Mais nous n'allons pas y rester longtemps, car nous n'avons qu'un visa de transit de 5 jours et nous avons rendez vous avec les parents de Thomas a Tashkent, en Ouzbekistan dans quelques jours.


P.S : Un grand merci a tous pour les commentaires ou les mails : cela nous fait très plaisir

RPS : A venir des que nous aurons une connexion 'normale' , les photos d'Iran et des petites recettes.