dimanche 20 novembre 2011

Sous les tropiques !


Déjà plus de 10 000 km !
Une bonne centaine de kilomètres au sud de Shangri-La, sur une jolie petite route bordée de rizières en terrasses menant au pied des gorges du Tigre, notre compteur se met à changer de dizaine... Et oui, ça y est , déjà 10 000 kilomètres de parcourus !
Et nous n'en n'avons pas encore marre, loin de là ! Plus nous roulons, plus nous prenons du plaisir à être sur nos bicyclettes... La preuve, plutôt que de prendre un bus, nous avons préféré forcer un peu plus sur nos gambettes ces deux dernières semaines en roulant plus de 100km par jour, pour atteindre la frontière Chine-Laos à temps et faire une transition en douceur entre les hautes montagnes tibétaines et les denses forêts tropicales... Finalement, nous voilà déjà à 11 000 !

Le petit monde des cyclistes
Après une demi-journée pluvieuse passée à siroter du thé dans un petit café de Dali, alors que nous nous apprêtons à rentrer tranquillement à l'auberge de jeunesse, qui voyons-nous arriver ? Serge, un cyclotouriste québécois avec qui nous avions roulé (et bien rigolé) en Croatie, lorsque Erell et Eloi étaient là. Nous nous étions dit : « à bientôt sûrement sur la route » car nous allions dans la même direction... et voilà finalement que 6 mois plus tard et 7000km plus loin, nous nous recroisons.
Nous passons donc une mémorable soirée de retrouvailles dans un bar où la bière artisanale coule à flot, et où des musiciens de flamenco mettent le feu. Cela faisait bien longtemps qu'on s'était pas réveillé avec la gueule de bois et la bouche pâteuse ! On repart dès le lendemain matin pour rouler ensemble quelques jours, de Dali jusqu'à Puer... pour s'apercevoir que, en quelques mois, nous avons fait nombre de connaissances communes sur la route : qu'il est petit, le monde des cyclistes sur les chemins de l'Asie !

Sous le soleil...
Voilà 9 mois que nous sommes sur la route et les jours de mauvais de temps se comptent sur les doigt d'une main (ou deux maximum). Nous avons quitté l'été au Kirghizstan où nous commencions à sentir les nuits se rafraîchir et, deux mois plus tard, hop, nous revoici sous le soleil ! Maintenant que nous avons franchi le tropique du cancer, adieu doudoune et grosses chaussettes, rebonjour au tee-shirt et à la crème solaire !

...et les bananiers
Après s'être émerveillés devant les rizières en terrasses si bien entretenues par les paysans du Yunnan, nous sommes époustouflés par les paysages tropicaux. Très rapidement, en descendant le long d'une longue vallée, on se retrouve à pédaler entre les cannes a sucre, les bananiers, les eucalyptus, les bougainvilliers et les forêts de bambous. Nous qui manquions de verdure il y a quelques mois, nous sommes servis !
Tout est nouveau : les différentes teintes vertes de la végétation tranchant avec le rouge bordeaux de la terre, les bruits des oiseaux et des insectes (nous cherchons toujours à voir celui qui imite la roulette du dentiste), et les odeurs (parfois fleuries, parfois un peu moins avec les nombreuses décharges à ciel ouvert).
Alors, à ceux qui nous font saliver en nous parlant de soupe de potiron, de raclette et de crumble aux pommes, nous pouvons maintenant les faire rêver de sieste dans un hamac à l'ombre d'un bananier !

Déchargement immédiat
Avec cette perspective de beau temps, nous avons décidé de faire un colis pour la France avec nos affaires chaudes : doudounes, gants, collants, etc. Et tant qu'à faire, nous renvoyons aussi tente et duvet car d'après de nombreux cyclistes, il est difficile de camper en Asie du Sud Est. Entre rizières inondées, zones minées ou habitées par des serpents, il semble compliqué de trouver des petits coins de paradis pour bivouaquer. C'est avec un petit pincement au cœur que nous disons au-revoir à notre « maison »...
A Jinghong, nous voilà donc déchargés de 12,5 kilos : nous quitterons la Chine avec deux sacoches avant en moins, légers comme l'air !


De effervescence chinoise à la tranquillité du Laos
On ne s'attendait pas à un tel changement derrière la frontière du Laos : cela fait plusieurs jours que nous roulons dans les forêts tropicales, que nous voyons les gens travailler dans les rizières ou les champs de bananiers, que les femmes portent le sarong, etc. Mais après quelques coups de pédales, on ressent rapidement le changement de niveau de vie.

Il y détails qui ne trompent pas. Les grandes maisons bien solides ont fait place à des petites bicoques en bambous sur pilotis. Ici la maison ne sert qu'à dormir, tout le reste se passe dehors, dans le village. Puisque l'eau courante n'arrive pas dans les maisons, on se douche et lave son linge à la rivière ou à la borne fontaine. On ne cuisine plus au gaz mais au feu de bois ou de charbon, et la nourriture n'est vraiment pas très variée : riz gluant ou nouilles de riz dans un bouillon d'herbes et de piment, parfois agrémentés d'un ou deux bout de viande. Dans les épiceries de villages, tout est en sachet individuel car les gens n'ont pas assez d’économies pour acheter en grande quantité : shampoing, lessive, biscuits secs...Vive les emballages !
Elise remarque de nombreuses similitudes avec la côte est de Madagascar, et notamment cette mentalité de chasseur-cueilleur. Il y a beaucoup moins de terrasses et de champs cultivés qu'au Yunnan, mais sur la route nous croisons hommes et enfants partant dans la foret avec leur serpette et leur panier pour ramasser ce qu'ils trouveront ou chasser les animaux sauvages. On a même vu quelqu'un rentrer avec une loutre et des petits oiseaux.. miam, miam !
Une chose est sûre, la Chine nous manquera pour sa cuisine. Nous nous y sommes toujours régalés dans les boui-bouis de bord de route, où l'on nous servait de délicieux plats de légumes frais (aubergines, courgettes, champignons..) cuisinés au wok et assaisonnés de gingembre, d'ail ou d’épices.

Sur la route nationale, plus d'enfants et de cyclos que de camions !
Autre signe important de la baisse du niveau de vie : le nombre de voitures. Nous roulons depuis 400km sur LA route nationale desservant le pays du nord au sud et pourtant, nous croisons seulement une vingtaine de véhicules par jour ! Par contre, il y a au moins deux fois plus de petits scooters, de vélos et... de piétons.
Dans chaque village, des dizaines d'enfants accourent vers la route pour nous lancer un grand « Sabaidi » ou « Bye-Bye » et nous taper dans la main. On voit bien qu'ils sont de grands habitués des cyclotouristes, très nombreux a parcourir la seule route goudronnée du pays.

Nous voilà maintenant à Luang-Prabang, ville bordant le Mékong et classée au patrimoine mondial de l'Unesco. Nous allons prendre 2 ou 3 jours de repos ici, visiter quelques-uns des nombreux monastères bouddhistes et profiter des petits déjeuners à la baguette fraîche et au nutella. Malheureusement nous n'avons pas encore trouvé de beurre salé mais c'est déjà un vrai régal !

Les photos du Yunnan (dernière province au Sud de la Chine), et les (premières) photos du Laos :

20111116 - China 7 Yunnan

20111119 - Laos 1 Boten LuangPrabang

dimanche 6 novembre 2011

Un petit flirt avec le Tibet


Les frontières du Tibet sont actuellement, pour des raisons politiques, fermées aux étrangers en dehors de circuits touristiques organisés. Pas de permis pour le Tibet pour les voyageurs indépendants donc... et a fortiori pour des cyclistes, par définition libres comme l'air !
Mais, sans franchir les frontières du Tibet administratif, on peut facilement s'immerger dans sa culture et ses paysages en sillonnant les confins des provinces voisines du Sichuan et du Yunnan, majoritairement peuplés de tibétains.

Kangding, les préliminaires
Kangding, où nous arrivons à vélo le 21 octobre, n'est « qu'à » 2500 m d'altitude. Il y a encore des grands immeubles dans le centre, mais la ville dégage déjà pour nous les premiers effluves du Tibet : les ponts sont couverts de drapeaux colorés qui battent au vent, et on repère déjà dans les rues des moines en robe rouge et orange, et des paysans à l'allure montagnarde. Leurs faciès rappellent à Thomas les indiens quechua du Pérou : chapeaux en feutre, chaussures de cuir, enveloppés dans une sorte de large toge brune, les pommettes rouges et les visages profondément marqués par le soleil et l'altitude. C'est ici que nous visitons notre premier monastère bouddhiste tibétain, magnifique bâtisse en bois pleine de couleurs et de vie...
Il ne fait déjà plus très chaud ici, alors on apprécie les doudounes et les grosses paires de chaussettes tout en se demandant qu'est-ce-qu'il en sera 2000 mètres plus haut...

L'approche en bus
La route pour Litang est en travaux sur 290 kilomètres, ce qui rend la chaussée bien pire qu'une mauvaise piste. Nous embarquons donc dans un bus pour un trajet de 12 heures, de col en col, à plus de 4000 mètres d'altitude, sur une chaussée défoncée par de récentes coulées de boues et par des travaux sans queue ni tête. De plus une petite tempête de neige balaie les hauts cols que nous traversons... par la fenêtre, on aperçoit un cycliste dans l'autre sens : ben nous, on ne regrette pas d'être dans le bus !
Les maisons chinoises en toits de pagode ont brutalement fait place à de belles bâtisses tibétaines, aux murs en pierre et aux toits plats. Chaque col est signalé par un stupa (sanctuaire), et par des ribambelles de drapeaux de prière : les tibétains croient qu'une prière s'envole chaque fois qu'un drapeau claque au vent.
Le bus frôle régulièrement les à-pics, et le chauffeur semble prendre un malin plaisir à dépasser les poids lourds par l'extérieur dans des virages sans visibilité... mais on vous épargnera ici le récit classique des voyages en bus dans les montagnes du bout du monde ! On arrive finalement à Litang sans pépin notoire (ce qui est rare pour ce genre de trajet) en fin d'après-midi.

Litang, le passage à l'acte
Litang s'étend paisiblement à 4000 mètres d'altitude. En s'éloignant un peu du centre-ville, en remontant vers les faubourgs Nord, on arrive au cœur d'un vrai petit village tibétain : maisons en pisé aux fenêtres joliment encadrées, ornées de longues ribambelles de drapeaux colorés. Plus haut se dresse une lamaserie richement décorée, où défilent hommes et femmes recueillis, mais souriants : ils suivent une sorte de chemin de croix en faisant tourner sur leur passage les moulins à prière disposés en allée tout autour du temple. Certains récitent à haute voix d'un ton monocorde les mantras (prières).
Lafuma fabrique d'excellentes polaires rouges et North Face de très seyantes vestes oranges, ce qui fait que nous croisons plusieurs moines habillés comme des alpinistes, bien protégés du froid qui règne à cette altitude, tout en respectant le code couleur du bouddhisme tibétain ! C'est un spectacle assez amusant...
Nous nous attardons avec un groupe d'hommes assis au pied d'un stupa brillant de blancheur, qui discutent tranquillement tout en faisant tourner leur mini-moulin à prière portatif. Premiers mots de tibétain soufflés par notre petit guide, succès garanti... Quelle joie de retrouver ce plaisir simple, celui de discuter avec les locaux...

Cyclo-rencontre
A l'auberge où nous logeons, nous rencontrons quatre joyeux suisses aux noms en S : Steve et Sarah, et Sacha et Simone. Tous les quatre voyagent aussi à vélo, depuis Istanbul pour les uns, Pékin pour les autres. Et tous les quatre vont dans la même direction que nous : le Sud de la Chine, puis le Laos.
Ce soir là, autour d'une bonne fondue sichuanaise (légumes, fruits de mer et morceaux de viande pris à la baguette, et saisis dans une bassine d'huile pimentée bouillante encastrée dans la table), on discute avec ardeur de nos tentes, de nos tapis de sol, de nos réchauds... bref, de matos et de pépins techniques. Une vraie conversation de cyclos ! Et puis tiens, pourquoi ne prendrions-nous pas la route ensemble jusque Shangri La, à 450 km d'ici ? Voilà une idée séduisante pour nous qui appréhendions un peu ce premier trajet en haute montagne... En selle !

Très longues ascensions
La route de Shangri La est une succession ininterrompue de longues ascensions (10,20,30 km), de hauts cols, et de grandes descentes. Pendant 8 jours, les cols se suivent et ne se ressemblent pas : petit col noyé dans une forêt touffue, ou haut col perché sur une crête désertique, balayé par un vent glacial ; col plat ou col pointu ; col orné de drapeaux ou flanqué d'un stupa...
Lorsqu'on arrive en haut, on s'attend tous les six, on crie de joie et on se congratule mutuellement, on grignote des biscuits secs, on se change pour enfiler la tenue de descente (doudoune, sur-chaussures et cagoule...), et surtout, on sacrifie à la tradition locale en jetant au vent des petits papiers de prière : instants magiques immortalisés au retardateur...
Nous traversons des hauts plateaux rocailleux désertiques, jonchés de flaques tourbeuses, peuplés de cailloux et de yaks ; puis des vallées forestières que l'automne gagne peu à peu : les versants verdoyants se colorent d'or et de bordeaux, et les feuilles volent sur notre passage.
Peu avant le col de Tuer, on dépasse des ouvriers allongés par terre, occupés à creuser des trous sur le bord de la route avec des outils ridicules (une louche ficelée sur un bâton avec du fil de fer) afin de pouvoir y enfoncer des poteaux. Il doit faire en dessous de 0°C, et ils sont une douzaine à s'affairer là, hommes, femmes, et même un gamin de 5 ou 6 ans qui attend à côté...
Le trafic est faible, quasi-nul : une dizaine de camions dans la journée, des minibus de temps à autre, et des 4x4 flambant neufs de touristes chinois qui s'arrêtent rarement, préfèrent tendre l'appareil photo par la fenêtre pour immortaliser le paysage, ou même nous prendre en photo nous, ces écervelés d'européens qui préférons parcourir la route à vélo...

Vélo, vélo, dodo
Le soir, on s'arrête dormir, souvent pour bivouaquer, à des altitudes où le mercure ne monte pas bien haut. On partage nos bons petits plats et on se réchauffe autour d'un feu, pour tenir – tant bien que mal - jusqu'à 20h ou 21h... Au réveil il fait souvent -5°C ou -10°C, et l'eau a gelé dans les gourdes et les vaches à eau...
A deux reprises nous sommes accueillis dans des villages et logés chez des familles tibétaines : l'occasion de découvrir l'intérieur de ces splendides maisons de bois et de terre, aux poutres massives mais très finement sculptées et colorées. 3 générations partagent le même toit, plus les animaux au rez-de-chaussée ; on vit au premier étage dans de vastes et hautes pièces sobrement meublées.
Un soir, juste derrière un col à 4300 m, nous nous arrêtons dans une baraque de cantonniers, et passons la nuit tous les six dans une pièce qui semble servir à la fois de bureau, de garage pour les motos et de poulailler.
Dans les descentes au petit matin, alors que le soleil est encore caché derrière un versant, les mains et les pieds deviennent vite quatre glaçons ; quand le soleil arrive enfin et déverse sa bienfaisante chaleur sur nos extrémités congelées, on ressent ces terribles picotements qui marquent le retour de la circulation : aïe aïe aïe, ça fait très mal !

Six fois plus motivés !
Ces quelques jours partagés avec d'autres cyclistes nous permettent de confronter nos habitudes quotidiennes, nos petits trucs et astuces, notre rythme, nos goûts et... nos biscuits !.
On est pas forcément les plus rapides à vélo, en revanche on décolle particulièrement vite le matin : en 1h30 on est prêts à décaler d'un bivouac, voire 1h si il n'y a pas la tente et les duvets à plier... Dans le jargon, nous sommes des « early starters » ! Par ailleurs, on préfère toujours les campagnes habitées aux grands espaces désertiques, et les hébergements chez l'habitant aux bivouacs sauvages. Et puis, bien sûr, nous sommes aussi des voyageurs plutôt légers par rapport à la moyenne, omnibulés qu'on est par le moindre kilogramme gagné !
Partager la route à 6, c'est adapter son rythme et ses habitudes pour que le groupe fonctionne. Pas forcément facile à chaque fois ! On aurait peut être préféré déjeuner ici, bivouaquer là-bas, s'arrêter plus tard, partir un peu plus tôt ou rester faire une pause ici. C'est un excellent exercice de vie, qui nous fait beaucoup réfléchir sur notre tolérance, notre esprit d'équipe...
Mais c'est surtout une super motiv' pour avancer et tracer la route dans des conditions pas faciles tous les jours... Alors merci à vous les p'tits suisses, c'était vraiment cool !

28 ans au Tibet
30 octobre, 7:00 (Beijing Time) : ce matin là, il y a 4 compagnons de route à me souhaiter mon anniversaire, en plus d'Elise... ça c'est gentil ! Nous partageons une assiette de biscuits d'anniversaire pour le petit déjeuner, puis prenons la route. Après avoir franchi notre dernier col à 4000, nous attaquons une descente sur de la mauvaise piste. Depuis hier nous avons quitté le bitume et roulons sur un mélange de terre, de sable et de cailloux. La descente secoue, fait mal aux dos et aux poignets... jusqu'à ce que, au bout de 10 km, surprise... voilà du bitume ! Il ne nous quittera plus jusqu'à Shangri La. Pour mon anniversaire, la Chine m'offre 110 km d'asphalte, non prévus au programme. Vraiment, c'est trop gentil, fallait pas !
Le soir, nous fêtons tout cela autour d'un bon feu, dans une petite cabane de berger, avec bières, cacahuètes, et une bouteille de vin rouge chinois transportée en cachette dans les sacoches de Simone.

Epilogue
Enfin, après huit jours de vélo, 250 km et 14 cols (dont 8 à plus de 4000m), nous arrivons enfin dans la ville de Shangri La, aux portes du Yunnan. Banques, supermarchés, magasins de sport et douche chaude... c'est un peu le retour à la civilisation !
La vieille ville a été envahie par le tourisme, bourrée d'échoppes à souvenir (queue de yak, corne de yak, peau de yak...), de magasins d'équipement de randonnée, et de restaurants proposant des « traditional tibetan food ». C'est dans un de ces restos, au demeurant fort sympathique, que ce soir là nous fêtons tous les six la fin de notre périple commun. On est sans doute en manque de protéines alors on se rattrape allègrement : steak de yak, pizza au yak, burger au yak... une vraie petite orgie !

Nos jours en Chine sont comptés et nous ne restons donc qu'une nuit à Shangri La, pour reprendre la route du Sud. Direction les tropiques, mais avant ça les mecques touristiques de Lijiang et Dali... La suite au prochain numéro !
Les photos :

20111024 - China 5 Kangding Litang

20111101 - China 6 Litang ShangriLa
Vous y verrez le monastère de Kangding, la route de Litang en autocar, la lamasserie et le marché de Litang, les paysages, les habitants et les bivouacs sur la route de Shangri La, les photos déjantées en haut des cols... Merci aux petits suisses photographes qui nous ont permis d'avoir quelques photos... de nous !

mercredi 2 novembre 2011

Pouet-Pouet !

Voilà deux semaines que nous n'avons pas pédalé, nous sommes très impatients de retrouver nos petits vélos qui ont été acheminés par le train jusqu'à Chengdu. Petite appréhension avant d'arriver à la gare : sont-ils bien là ? Ont-ils été abîmés pendant le transport ? Heureusement, aucun bobo à signaler. Nous voilà donc parés à parcourir les campagnes chinoises.

Choisir sa route
Depuis le début du voyage, nous prenons beaucoup de plaisir à étaler nos grandes cartes routières, à rester des dizaines de minutes pour décrypter le relief, calculer les kilomètres, et choisir finalement notre route en s'aidant du guide de voyage et des bons conseils qu'on nous donne.. Ayant souvent les mêmes envies tous les deux, le choix se fait toujours assez rapidement.

Mais en Chine, c'est une autre histoire ! Le pays est tellement immense que de multiples itinéraires sont possibles. A Chengdu, nous passons donc de longues heures à retourner la carte dans tous les sens. Finalement, après de longues réflexions, nous décidons de partir plein Ouest, grimper sur les hauteurs des plateaux himalayens, et redescendre ensuite vers la région du Yunnan, puis le Laos.

Une fois cela décidé, nous apprenons que la route est peut être fermée aux étrangers. Une petite pêche aux informations sur internet et quelques coups de téléphone à des agences de voyage locales, nous voilà rassurés : la route est ré-ouverte. On espère avoir fait le bon choix !

Dans un concert de klaxons
C'est à Chengdu, ville de 4 millions d'habitants, que nous découvrons les joies de la circulation chinoise. Dans la plupart des rues, une voie est réservée aux innombrables deux-roues, mais on est pas tranquilles pour autant ! Chacun se concentre sur ce qu'il a devant lui, sans se préoccuper de ce qui se passe derrière... Autant vous dire que nous avons le droit à de magnifiques queues de poisson et refus de priorité.

Mais l'important en Chine, c'est d'avoir un klaxon très puissant, et de le faire entendre ! Le concert permanent de klaxons des pousse-pousse, des scooters, des taxis et des autobus nous tape sérieusement sur le système... Nous pensons y échapper en quittant la ville, mais que de naïveté ! Même sur les petites routes, les autocars et les poids lourds prennent toujours soin de nous avertir de leur arrivée imminente par une dizaine de coups de pouet-pouet à air comprimé à vous vriller les tympans...C'est décidé, on roule avec des bouchons dans les oreilles !

La ville à n'en plus finir...
La Chine, 15% de la population mondiale, se siffle chaque année la moitié du béton produit dans le monde. Durant les 40 heures de train séparant Shanghai de Chengdu, nous avons vu que tous les paysages urbains sont hérissés de grues qui travaillent à la construction de nouveaux immeubles, de nouveaux gratte-ciels. De la fenêtre de l'appartement où nous sommes logés à Chengdu, on peut compter pas moins de 60 grues ! Les villes poussent en tous sens.

Du haut de nos petits vélos, nous ne pouvons que continuer à observer ce développement urbain un peu fou : pendant plusieurs dizaines de kilomètres après Chengdu, l'habitat s’étend sans discontinuité et tout ce qui a attrait au passé est détruit.

Nous sommes impressionnés de voir que sur notre carte, le moindre petit point s’avère en fait être une ville de plus de 10 000 habitants. Dans les zones plus rurales, ce sont des usines qui sont implantées ça et là, laissant finalement très peu de place a l'agriculture. Mais comment ce pays arrive t-il à nourrir sa population ?

L'indifférence
De la Bretagne jusqu'au Kirghizstan, les gens ont toujours répondu à nos salutations par un geste de la main, un grand sourire, voire même parfois par une invitation à prendre le thé ou à venir discuter. Pour nous c’était quelque chose d'universel.

Ici, nous avons beau lancer un dynamique 'Ni Hao' (bonjour) et agiter la main aux gens que l'on croise sur le bord de la route, la plupart ne répondent pas et détournent le regard. Nous voilà bien déboussolés ! Nous nous rendons compte qu'ici nous ne suscitons ni intérêt, ni admiration. La curiosité des personnes nous a parfois fatigué, et voilà maintenant qu'elle nous manque cruellement.

La plupart des chinois que nous « rencontrons » croient que nous parlons couramment leur langue. Au restaurant, on nous tend systématiquement la carte en chinois, sans autre commentaire. Quand on essaie de faire une phrase, il n'y en pas un qui nous dirait "ah c'est bien, tu essaies d'apprendre le chinois !".

Histoire d'intonations
Pourtant, la langue chinoise sera, et de loin, la plus difficile que l'on ai rencontré. Chaque syllabe peut se prononcer de 4 manières différentes suivant l'intonation qu'on lui donne. Par exemple le mot 'xian' signifie 'délicieux' mais aussi 'trop salé'. Mieux vaut donc ne pas se tromper si l'on veut complimenter les cuisiniers (et il y a souvent de quoi, car même dans les plus petits boui-boui de bord de route, on se régale à tous les repas !)

Nous essayons quelques phrases mais elles ne sont que très rarement saisies. Plusieurs fois, des chinois ont à leur tour essayé de nous parler et voyant que nous ne comprenions pas du tout, ils nous l’écrivaient en chinois sur un bout de papier. Nous voilà bien avancés !

En effet, les chinois écrivent avec des idéogrammes. Un écolier commence à les apprendre à 5-6 ans mais ne peut lire des livres simples qu’après 4 ou 5 ans d'apprentissage : le temps d'avoir assimilé les 3 à 4000 principaux signes.

En tout cas cela nous fait beaucoup rigoler lorsque, arrivés à une intersection, nous essayons de retrouver la suite d’idéogrammes identique entre notre atlas routier chinois et les panneaux indicateurs : « Tu vois une arête de poison, suivi d'un autobus avec 3 antennes sur le toit puis un X avec des poils partout ? »


Avec la Chine, nous voilà donc au plein cœur de ce que peut réserver un voyage : la surprise de découvrir une culture complètement différente, d'essayer de la comprendre et de s'y acclimater.

Photos

Vous trouverez ici quelques photos de Chengdu (un temple taoïste, un temple bouddhiste, et... des pandas super mignons, enfermés dans un centre de reproduction en captivité), de Leshan (le grand Buddha de 71m, et un autre temple bouddhiste), puis de la route parcourue jusqu'à Kangding. Remarquez la veste bleue marine que portent les anciens, elle était distribuée partout en Chine sous le régime de Mao...

http://www.dropbox.com/gallery/22924853/2/PhotosBlog%20NE%20PAS%20SUPPRIMER/20111025-China2?h=de49b8


1er Novembre, à Sangri-La
Cet article, assez négatif, date d'il y a deux semaines. Depuis nous avons découvert une autre facette beaucoup plus séduisante de la Chine: des paysages préservés, de magnifiques monastères bouddhistes, des petites routes peu empruntées et surtout, une population tibétaine très souriante. Nous avons même été accueillis plusieurs fois dans des familles... Mais, gardons un peu de suspense : la suite au prochain article !

lundi 17 octobre 2011

China Express : les photos

Ni-hao !

Pas facile de continuer à s'occuper correctement de notre blog alors qu'on nous bloque l'accès à Picasa et à notre blog lui même !
Les photos du dernier article ne sont apparemment pas passées...
Comme la dernière fois, voici donc un lien pour aller les voir ailleurs en ligne :

http://www.dropbox.com/gallery/22924853/2/PhotosBlog%20NE%20PAS%20SUPPRIMER/20111011%20-%20China%20Express?h=1b288a


Des bises à tous depuis la "petite" ville de Meishan, au Sud de Chengdu. Nous sommes enfin repartis sur la route, direction Leshan où nous allons voir un Buddha géant de 71 mètres...
Puis, si nous obtenons bien notre extension de visa, nous filerons plein Ouest dans les contreforts de l'Himalaya, avant de redescendre ensuite vers la région du Yunnan.

N'oubliez pas que vous pouvez toujours suivre notre avancée en cliquant sur le lien "Où sommes-nous ?", à gauche.

A bientôt,

Thomas et Elise

mardi 11 octobre 2011

China Express


La fin des stans
26 septembre. Nous parcourons un large et splendide défilé de montagnes d'un rouge flamboyant, et arrivons au poste frontière d'Erkeshtam. Nous doublons une file interminable de poids lourds qui reviennent à vide, après avoir déversé en Asie centrale leur cargaison de produits chinois.

Côté kirghize, les formalités sont vite expédiées. Mais nous arrivons côté chinois à la mauvaise heure : c'est la pause de midi, et la douane ferme pour 3 heures. Enfin, c'est midi à l'heure de Pékin ! Toute la Chine tourne à la même heure officielle, celle du fuseau horaire de Pékin, située à l'Est du pays. Autant dire que dans les régions de l'extrême-occident, cela fait un peu décalé ! Le soleil se lève à 9h, se couche à 21h... drôle de rythme !
Depuis Erkeshtam, trois jours de vélo suffisent pour rallier Kashgar. Nous roulons à quatre, puis à six, avec deux hollandais et deux allemands. L'Europe en route vers la Chine. « L'effet peloton » est grisant, surtout lorsque, après 200 km de montagnes russes sur une route en travaux, on récupère un bon bitume et un faux plat qui nous fait avaler à 30 km/h les 40 derniers kilomètres vers Kashgar.

Kashgar, village uyghur de 300 000 habitants
Kashgar était une étape de la Route de la Soie, où les caravaniers faisaient escale après la traversée du désert du Taklamakan, et avant d'affronter les cols du Pamir. Aujourd'hui, c'est une étape pour les centaines de cyclistes qui, tous les ans, roulent vers la Chine. Lorsque nous arrivons, deux douzaines de vélos sont déjà parqués dans la cour de l'auberge de jeunesse. Tous les soirs arrivent de nouveaux cyclistes, l'air fourbu et le visage poussiéreux. Après les pistes défoncées, les cols à 3 ou 4000, les hébergements spartiates, les commerces vides et la nourriture pauvre de l'Asie centrale, l'arrivée en Chine est un petit concentré de bonheur...
D'abord, il y a la nourriture : dans le bazar nocturne, on se régale de brochettes, de poisson frit, de beignets aux légumes et de pastèques. Le lendemain, dans une petite allée cachée derrière la Bank of China, on se noie dans un univers de bonnes odeurs et de jolies couleurs : ici, toutes les échoppes proposent, pour une bouchée de pain, de délicieux plateaux de légumes sautés et épicés. Mmmmh !

Mais c'est pour le pire et pour le meilleur : on trouve aussi des plats peu appétissants de tripes et d'abats, et dans le ragoût sur-nagent souvent des pieds et des têtes de poulet... Les gens parlent fort, ils crachent, pètent et rotent sans retenue... mais ils sont souriants et gentils. La vie est dense, peuplée, animée, les rues grouillent en tous sens... mais il règne ici une tranquillité presque villageoise, comme une nonchalance qui serait descendue des Monts Célestes, si proches.
Pas de doute, ici on est pas encore vraiment en Chine, nous ne sommes « que » dans le Xinjang. La région est peuplée d'uyghurs, qui sont les cousins des kirghizes, des ouzbèkes et des turkmènes. Leur langue est très proche des langues turques d'Asie centrale : tout en commençant notre apprentissage du chinois, on peut donc continuer d'utiliser nos résidus de turc et nos bribes de kirghize.
Enfin, les uyghurs sont musulmans. On trouve plusieurs mosquées dans la ville, très fréquentées en ce vendredi de prière. On croise des femmes affreusement voilées d'une sorte de serpillière marron négligemment jetée sur la tête – elles peuvent voir à travers les mailles plus ou moins lâches du tissus. La plupart des panneaux indicateurs sont d'ailleurs écrits en chinois et en arabe : c'est dommage, on commençait à arriver à lire le cyrillique !

A travers la Chine...
De Kashgar, nous expédions nos petits vélos par le fret ferroviaire, à destination de Chengdu. Inch'allah, nous devrions les y retrouver dans 10 ou 15 jours. Puis, après avoir chargé toutes nos sacoches sur Diabolo, un petit diable à roulettes acheté pour l'occasion, nous embarquons dans un premier train à destination de Korla : 15 heures de trajet, plein Est, à travers le désert du Taklamakan.
Nous voyageons en « sièges durs », ce qui correspond grosso-modo à la quatrième classe. Pour cause de fête nationale, c'est le début des vacances en Chine. 100 millions de chinois sont dans les trains et les avions, ils rentrent dans leur ville d'origine ou partent faire un peu de tourisme domestique... Les transports sont donc pleins à craquer, ce n'est vraiment pas le meilleur moment pour voyager en Chine ! Tant-pis pour nous...
Dans le wagon, une dizaine de voyageurs viennent se masser autour de nous pour parler anglais, apprendre quelques mots de français, ou nous en apprendre quelques uns en chinois. Nous arrivons finalement à Korla à 3h du matin, éreintés.
Le lendemain, nouveau train, à destination de Xian : 40 heures de trajet, mais cette fois nous sommes en couchette... quel luxe ! Le wagon compte une douzaine de petites cellules, dans laquelle on fait coucher 6 personnes (3 bannettes superposées de chaque côté).

Passer une journée entière dans un train est une expérience fort intéressante. Sa petite couchette devient son petit chez soi : on s'y couche, on y dort mieux que nulle part, bercé par le doux remous des wagons on marche, et on s'y réveille paisiblement. On passe une journée entière à lire, à potasser nos premières leçons de chinois, à boire du thé, à déambuler de la couchette aux strapontins et des toilettes au distributeur d'eau chaude, à explorer les wagons voisins, ou simplement à regarder défiler les paysages désertiques du Xinjang, puis du Gansu. Autour de nous, les chinois jouent aux cartes avec fièvre et entrain, et grignotent sans cesse. Après un dernier plat de nouilles chinoises, on se recouche dans sa bannette, pour une nouvelle longue nuit de sommeil...
Quand on se réveille, les paysages ont beaucoup changé. Un voyage de nuit réserve toujours des surprises. Il fait gris, sans doute très humide, mais les paysages sont verdoyants. Le train zigzague dans un dédale de collines et de vallons, où coulent des rivières chargées de boues. Sur les reliefs se dessinent harmonieusement des terrasses qu'on imagine cultivées. Nous traversons des vallons entiers sur un pont en béton à 20 ou 30 mètres de haut, en « survolant » un patchwork de petites parcelles de maïs, de céréales ou d'arbres fruitiers. Sous nos fenêtres défilent les petits villages de la Chine rurale, et les petites routes qui les relient. Nous bouillons déjà d'impatience de retrouver nos vélos : comment peut-on profiter de ces merveilles en les « survolant » ainsi, même si notre train n'avance qu'à 60 km/h... ?
Xian, capitale antique
Enfin, après plus de 40 heures de trajet, nous entrons en gare de Xian. Nous nous extirpons de la foule des voyageurs qui arrivent, contournons la foule des voyageurs en partance, et prenons notre place dans la queue aux guichets, pour acheter nos billets pour le tronçon suivant. Tous les trains sont complets pour encore une semaine... nous achetons donc des billets sans réservation, en « place debout », pour Shanghai ! Advienne que pourra...
Le voyage en train nous a un peu déboussolé : c'est qu'on est pas habitués à voyager si vite ! Ainsi, nous voilà donc déjà arrivés à l’extrémité de la route de la Soie, là d'où partaient toutes les cargaisons de riches marchandises pour Rome, pour Istanbul, pour Venise... La grande pagode et son temple bouddhiste, la tour de l'horloge et la tour du tambour sont les visites incontournables du centre de Xian.

Dans la grande pagode, des chinois en vacances viennent se recueillir devant une statue dorée du Bouddha ; ils allument un cierge et laissent un billet. On se sent parachutés ici, plongés brusquement dans une nouvelle culture, qui n'a plus grand chose à voir avec les mosquées et les medersas, les grands iwans et les mausolées...
L'attraction incontournable de Xian, c'est aussi bien sûr l'armée des soldats de terre cuite : le premier empereur de la Chine unifiée, sous la dynastie des Qing, avait le tempérament guerrier. Il a fait enterrer à ses côtés, peut-être pour prolonger sa domination jusque dans l'éternité, une gigantesque armée de quelques 6000 statues de soldats en terre cuite, fantassins, archers, chevaux et chars, officiers et généraux... Tous en taille réelle, et chacun avec un visage unique.

Standing ticket

Le voyage jusqu'à Shanghai est épique. 15 heures de train « seulement » (départ 17h, arrivée 8h...), mais le wagon est bondé. Les 118 places assises sont occupées, et au moins une cinquantaine de personnes se sont amassés en plus, le long du couloir central, devant les toilettes, ou sur les plate-formes qui conduisent aux wagons précédents et suivants. C'est comme un RER un jour de grève... sauf que le trajet dure 15 heures, de nuit !

Régulièrement, le petit gars qui vend des pattes de poulet et des soupes instantanées vient traverser le wagon avec son chariot à roulettes, obligeant tous les passagers avachis par terre à s'extirper de la position plus ou moins reposante qu'ils avaient fini par trouver, coincés entre une valise, un rebord de siège, et les fesses du voisin. Le tout dans un environnement « à la chinoise » de pets et de rots, et de déchets en tout genre qui s'accumulent sur le sol (mégots sur les plate-forme, emballages, coques de graines de tournesol). Les WC ? Auto-censuré...
Dans ce genre de situation, on trouve en nous un élan d'entrain et de solidarité insoupçonnés. On se motive, on rit de ce qui nous entoure, on s'encourage, on se partage le meilleur coin de par terre... et ainsi passent les 15 heures les moins confortables de notre vie.
Shanghai, capitale économique
Nous voilà donc arrivés à l'autre bout du continent, sur les rives de la mer de Chine, à l'embouchure du fleuve Huang Pu. Nous passons 6 jours ici, confortablement hébergés chez l'oncle de Thomas.

Shanghai, c'est l'effervescence étourdissante et la démesure d'une métropole de 23 millions d'habitants, deux fois l'île de France. C'est l'histoire d'une ville comptoir, où les pays occidentaux avaient établi au 19e siècle des concessions, des banques et des chambres de commerce, aujourd'hui luxueux bâtiments sur la rive du fleuve, vestiges d'un passé économique glorieux.
C'est Pudong, la rive Est du Huang Pu, nouveau centre économique et financier où se dressent des tours de verre et d'acier qui rivalisent dans la course à la hauteur. Un panorama urbain digne des grandes villes américaines, avec ces gratte ciels et ces tours futuristes qui dessinent un paysage de science fiction... C'est le côté cosmopolite d'une ville du monde : 10 000 français travaillent ici, plus les allemands, les anglais, les américains... sans compter les japonais et les coréens. On croise des occidentaux partout, et la plupart habite ici. C'est l'incroyable dynamique de construction, d'agrandissement, et d'étalement ; la ville pousse en tout sens. La moitié des grues du monde serait en Chine. Combien à Shanghai ?

Enfin, c'est une étape plutôt originale pour des voyageurs à vélo... Nous étions dans le moule à Kashgar. Ici, on se sent un peu marginaux...
Voilà deux semaines qu'on a pas roulé, deux semaines qu'on partage nos vies entre des grandes villes et des compartiments de train. Les mollets nous démangent, l'air pur et les beaux paysages nous manquent. Il est temps de repartir ! Demain, direction Chengdu. Si nos petits vélos sont bien arrivés, et si nous arrivons à obtenir une généreuse extension de notre visa, nous descendrons alors tranquillement vers le Laos, à travers les provinces du Sichuan et du Yunnan. A suivre...

Pour voir les photos cliquez sur ce lien :
http://www.dropbox.com/gallery/22924853/2/PhotosBlog%20NE%20PAS%20SUPPRIMER/20111011%20-%20China%20Express?h=1b288a

vendredi 7 octobre 2011

Photos du Kyrghyzstan (suite et fin)

Bonjour à tous,

Google et le gouvernement chinois n'entretenant pas de très bonnes
relations, nous n'avons pas réussi à charger nos photos sur Picasa
depuis notre arrivée en Chine... Nous avons également beaucoup de
difficultés à nous connecter à notre blog, lui aussi hébergé chez l'ami
Google...

Nous avons finalement trouvé une autre méthode pour vous faire partager
nos photos :

http://www.dropbox.com/gallery/22924853/1/20110925%20-%20Kyrghyzstan%202%20selec%20Blog?h=6fe24c

Flash-info rapide : nous avons passé la frontière Kyrghizstan/Chine il y
a 2 semaines, et sommes ensuite arrivés à Kashgar. Après 5 longues
journées de train, et une étape à Xian (le point de départ de l'ancienne
Route de la Soie), nous voilà déjà à l'autre bout de la Chine, à Shanghai.

A très bientôt pour un récit plus détaillé de cette traversée "express" !

Thomas et Elise

jeudi 29 septembre 2011

Derniers cols avant la Chine...

Des cailloux, de la poussière et de la tôle ondulée

Lorsque nous quittons le paradisiaque Song Kol, c'est pour emprunter une longue et mauvaise piste et rejoindre, via Kazarman et Jalal Abad, la vallée de Fergana. Et, de là, la Chine.

On commence par dévaler 600 mètres d'un coup sur une piste qui vient dessiner une trentaine de lacets dans le versant abrupt de la montagne. A mesure que l'on descend, le revêtement empire, les cailloux en forme de galets envahissent la piste. On poursuit notre descente tant bien que mal et arrivons finalement en vue de la large vallée de la Naryn. Au village de Kutka, on s'arrête déjeuner d'un bol de lagman, et faisons quelques provisions : quatre paquets de nouilles chinoises, 1 litre de confiture, deux sacs de biscuits secs.

On poursuit notre route vers Kazarman. La piste est si insupportable que parfois il vaut mieux la quitter et rouler sur le sol aride de terre craquelée qui la borde, au milieu des buissons épineux, en suivant d'hypothétiques traces de chevaux et de véhicules.

Le lendemain, on doit grimper un col à 2800m, puis redescendre. Puis remonter de 300m. Puis redescendre. Cette piste est un enfer. Nos petits vélos sont sales comme jamais (et nous aussi!) ; la poussière s'incruste dans toutes les parties sensibles. Nous prenons le pli de les dépoussiérer soigneusement tous les soirs, armés d'un chiffon et d'une brosse à dents. Nettoyer la transmission est le minimum syndical, mais un coup sur les freins et les câbles ne fait pas de mal non plus...

Nous trimbalons plus de 10 litres de flotte avec nous, car l'eau est ressource rare sur cet itinéraire. Nous croisons une rivière dans l'après-midi, nous y faisons le plein et nous lavons tous les deux presque entièrement. Nous filtrons toute l'eau que nous buvons, ce qui représente un petit exercice physique supplémentaire qui vient agrémenter nos pauses : faire passer trois litres d'eau à travers un filtre à céramique de 0,2 microns nécessite un peu d'huile de coude !

Les kilomètres défilent lentement, trop lentement. En montée, on ne dépasse guerre les 5 ou 6 km/h, et maintenir le vélo en équilibre entre les cailloux et les bosses de la tôle ondulée requiert une attention permanente. En descente, on ne profite même pas, arc-boutés sur nos freins à zig-zaguer sur toute la largeur de la piste, d'un côté puis de l'autre, pour essayer de trouver le meilleur revêtement.

- C'est comment où t'es ? - Pas trop mal !

A 17 heures, on a parcouru 55 km, et on est épuisés comme après une journée de 100 km ! On s'est fixé 60 comme objectif. On vise la dernière petite montée, face à nous, et on se prend à rêver :

- Derrière il y a sûrement une prairie parfaite pour camper, avec de l'herbe bien tendre...
- Et plein d'autres cyclos qui y font étape ce soir !
- D'ailleurs il y a sûrement une auberge de jeunesse.
- Qui nous servira une bonne omelette aux herbes et aux champignons.
- Et une délicieuse tarte aux poireaux !
- Et de la crème brûlée !
- Et des bières bien fraîches en pression !
- Je sais : derrière ce col, il y a le Bar de la Plage !!

Lorsqu'on passe finalement le petit col, 5 km de descente nous attendent : en bas, une petite maison en terre, toute seule, isolée. Elise prévient :

- S'il n'y a pas de femmes, on ne s'y arrête pas !

C'est qu'on a pas spécialement envie de passer la soirée avec un bucheron solitaire alcoolique... Deux chiens aboient lorsqu'on passe, au ralenti, devant la maison. Une vieille dame et trois petites gamines pointent leur nez par la porte et rappellent leurs chiens, puis nous font signe de venir. Une autre femme nous invite au thé ! Voilà, c'est là que nous passerons la nuit ce soir, chaleureusement accueillis et nourris par Burmagül, sa mère et sa belle-soeur !

Le lendemain on passe trois, peut-être quatre petits cols dans la matinée. De ces cols si insignifiants dans le vaste paysage accidenté qui nous entoure, qu'ils ne portent même pas de nom...

On maudit l'abruti de topographe qui a tracé cette route, comme s'il avait voulu prendre un malin plaisir à nous faire grimper sur les versants et redescendre dans les vallons. A quelques kilomètres à vol d'oiseau d'ici coule paisiblement le fleuve Naryn : longer ses berges aurait sans doute été une option bien plus intelligente pour éviter tout ce dénivelé. Le soir venu, on lira dans notre guide que la route fut construite en 1903 par les militaires russes... tout s'explique ! En attendant, on jure, on s'énerve, on dérape, on crie, on maudit l'imbécile de topographe, on se demande ce qu'on peut bien foutre là, mais on avance tant bien que mal...

Enfin, peu après un village, la piste amorce une longue descente pour rattraper la vallée de la Naryn. Nous traversons le fleuve et, enfin, arrivons à Kazarman. La ville s'étale dans de longues rues paresseuses, où déambulent vaches, ânes et chevaux. Ville tranquille, ville morte, ville fantôme ?

On nous indique une maison d'hôtes où passer la nuit : nous toquons, franchissons le portail, et trouvons dans la cour 4 personnes et 2 vélos : Frédérique et Audrey sont deux randonneuses françaises en vacances au Kyrghizstan ; Lorenzo et Lisa voyagent à vélo depuis le Kazakhstan jusqu'en Chine. Il est belge et elle est hollandaise. Soirée improbable mais tellement agréable, à boire des bières sur la terrasse et se raconter nos voyages respectifs...

Retour en vallée de Fergana

Après Kazarman, c'est le col de Kaldama, 3060m, qui nous attend. Sur une piste toujours éreintante, on rejoint le pied de la longue montée vers le col, et bivouaquons là.

Le temps est couvert, plutôt frais, et on est fatigués de cette nouvelle journée de montagne russe sur de la mauvaise piste. De plus, on est pas très satisfaits de notre lieu de bivouac, et un semblant d'inquiétude nous habite en pensant à la difficile ascension du lendemain. Pour couronner le tout, voilà le filtre en céramique qui casse brusquement pendant la rituelle opération de filtrage de l'eau... Décidément, ce soir, c'est bivouac de mauvais poil !

La montée au col, le lendemain, s'avère bien plus facile que ce qu'on imaginait. On arrive au sommet presque surpris, d'autant plus que l'altimètre avait 200 m d'erreur... De l'autre côté, on croise Mat, un cyclo anglais parti de Pékin, en route pour Manchester... On discute longuement sur le côté de la route, puis un petit gamin sorti de la yourte juste à côté vient nous offrir du pain, du beurre et de la crème, du fromage, du thé... Moment magique !

C'est marrant, on a jamais eu une aussi mauvaise piste, et en même temps on a jamais rencontré autant de cyclistes : hier, trois allemands, un espagnol et une anglaise... et Mat nous apprend que deux français en vélo couché le suivent à une demi-journée...

Nuit dans un jardin, puis suite de la descente vers Jalal Abad le lendemain. On a retrouvé le bitume, et filons à toute allure avec le vent dans le dos, sur un agréable faux plat. On dépasse Jalal-Abad, et continuons jusqu'à Ozgen, où nous arrivons avec 100 km au compteur. Le seul hôtel de la ville est correct, si ce n'est que douche et WC ne sont qu'une seule et même petite cabine avec un trou au milieu. La patronne est insupportable, elle nous aboie dessus... vraiment pas accueillant.

Le lendemain nous sommes à Osh, deuxième ville du pays. Dans un petit appartement qui sert d'auberge pas chère pour baroudeurs (4 euros/pers), on rencontre un australien qui est venu de Malaisie à vélo, mais veut poursuivre son voyage à cheval. On est tous un peu les uns sur les autres, mais c'est ça qu'est bien ! Et l'ambiance est bon enfant... On partage notre piaule avec un turc, une japonaise, et avec Adam, un cycliste néo-zélandais.

Au marché, les échoppes incendiées, les murs noircis, les vitres éclatées, les carcasses rouillées des hangars effondrés donnent une triste ambiance à la ville. Osh a été le théâtre d'affrontements sanglants en 2010 entre ouzbèkes et kyrghizes.

Derniers cols avant la Chine

De Osh, il n'y a plus que 4 cols à nous séparer de la Chine. Le col de Chyiyrchyl, 2389m, n'est qu'une formalité. Puis on se dirige vers le col de Taldyk, 3615m. Les chinois travaillent d'arrache-pied pour finir de bitumer la route, et le tronçon le plus haut est encore une piste fort poussiéreuse. Mais quelle surprise nous attend de l'autre côté : face à nous, de l'autre côté de la jolie vallée de Sary-Tash, les hauts sommets enneigés du Pamir s'élèvent à plus de 6000 mètres, dominés par le Pic Lénine, à 7134m.



mercredi 21 septembre 2011

Au pays des yourtes, des chevaux et des montagnes

Décollage immédiat
Tash Komur, jeudi 8 septembre. De crainte de ne pas avoir le temps de faire notre boucle kirghize dans le temps imparti par notre visa, nous décidons d'embarquer dans un taxi partagé vers le nord du pays. Mais à peine avons nous parcouru 50 km que nous regrettons... La route est en très bon état, le trafic très tranquille et surtout, les paysages sont magnifiques : de barrage en barrage, dans des gorges encaissées, nous remontons le cours du fleuve Naryn, et contournons le lac de Toktogul, d'un bleu profond. Par les fenêtres de notre petit van défilent des reliefs surprenant et colorés. Puis nous nous engageons dans un joli vallon boisé, le long d'une petite rivière, jusqu'au col d'Ala-Bel. Après les déserts iranien et ouzbèke, le changement est radical ! 


Juste derrière le col s'étendent des jailoos, ces grandes steppes peuplées de chevaux, de moutons, de vaches et de yourtes. On en peut plus, on bout d'impatience de rouler dans ces étendues. C'est plus fort que nous, alors on craque et on demande au chauffeur, qui ne comprend pas bien pourquoi, de nous laisser là, à 100km de notre destination initiale. En quelques minutes, nos petits vélos sont remontés, et nous, parés de nos vêtements chauds. Avec l'altitude, nous avons perdu plus de 15 degrés. C'est un pur bonheur : on descend tranquillement la route, les yeux grands écarquillés pour découvrir ces nouveaux visages, ces nouvelles habitations, ces nouveaux paysages... Le soir on trouve un joli petit bivouac pour planter notre tente et on se couche en ayant l'impression d'avoir pris un avion. 

Confiture et sauna 
Après trois jours de piste dans la vallée de la Suusamyr, nous arrivons au petit village de Kyzart par un temps orageux. On ne se voit pas planter la tente ce soir car il y a trop de vent. On reprend donc nos habitudes turques et nous dirigeons vers la mosquée du village. L'imam nous oriente vers une maison voisine, où nous sommes accueillis avec du thé, du pain, de la crème et une succulente confiture de fraises. Alors qu'on essaie de se faire comprendre par la gestuelle pour savoir s'il va pleuvoir demain, la famille comprend que nous voulons prendre une douche. On nous emmène dans une petite cabane en bois, au milieu du village, où nous découvrons à notre grand étonnement … un sauna ! Comme il n'y a pas l'eau courante dans les maisons, un sauna municipal est ouvert quelques jours par semaine. Une surprise bienvenue après plusieurs jours à nous débarbouiller dans l'eau froide des rivières ! Cela nous fait l'effet d'un calmant et ce soir là, nous nous couchons à 8h du soir... 

La clé de 16 du paradis 
Au petit matin, nous quittons la famille, une soupe de pommes de terres et d'abats de moutons dans le ventre. Nous voilà prêts à affronter la montée jusqu'au lac de Song Kol, un lac glaciaire, perché à 3000m d'altitude. La carte est peu précise, et les indications des locaux encore moins : hier soir deux jeunes à cheval nous avaient annoncé 20 kilomètres de montée ; ce matin notre hôte nous parle de 30, et plus tard sur la route un noble vieillard juché sur un beau cheval noir nous indique 100 kilomètres de piste jusqu'au lac ! Nous commençons à grimper sur une jolie piste qui serpente dans les versants herbagers d'un petit vallon, et suivons les dizaines de mètres défiler lentement sur l'altimètre. A 2400 m, on s'arrête le long du ruisseau pour y faire une petite lessive. A 2600 m, on grignote une poignée de cacahuètes enrobées de sésame. 2700 m, on filtre 3 litres d'eau, et on remplit nos gourdes. La piste se fait ensuite plus raide, et la terre cède la place aux cailloux. Les pneus dérapent sur les rocs, l'équilibre est difficile à basse vitesse, les embardées et les pieds à terre de plus en plus fréquents. 2800 m, nouvelle pause grignotage. En repartant, CRAC ! Voilà la chaîne du vélo de Thomas qui lâche subitement, sur une piste où nous avons croisé en tout et pour tout depuis 4 heures qu'une voiture et un cavalier... 


Je prévoyais la fin de vie prochaine de la chaîne et de la cassette de pignons, et je transporte donc dans mes sacoches une cassette et une chaîne neuves, livrée par mes parents à Tashkent. Plutôt que de changer par anticipation, j'ai préféré attendre les vrais signaux d'usure...Dommage ! Car, course à la légèreté oblige, toute la boîte à outils du bon bricoleur à vélo n'a pu rentrer dans nos sacoches. J'ai ainsi choisi d'emporter un démonte-cassette, mais pas la clé de 16 nécessaire pour le faire tourner, faisant le pari suivant : un démonte-cassette, c'est pas facile à trouver, mais c'est léger, mieux vaut l'avoir avec soi ; une clé de 16, c'est lourd mais on en trouve partout dans le monde, jusque dans les patelins les plus reculés... Enfin, à Song Kol, on en doute quand même ! 
Impossible donc de remplacer maintenant la cassette de pignons. Et monter la chaîne neuve sur la vieille cassette, que je dois de toutes façons remplacer, serait du gâchis. Je dois donc me contenter d'une réparation de fortune : je remplace la paire de maillons défectueuse. 10 minutes plus tard, nous repartons, et PAF !, deuxième rupture, c'est un autre maillon qui lâche... Je répare une deuxième fois, avec une autre paire de maillons de rechange. Mais je n'insiste pas, la pente est trop raide, le vélo trop chargé et la piste trop mauvaise... Bref, la tension demandée à ma vieille chaîne est bien trop forte... Tant pis pour moi, je poursuivrai en poussant le vélo. 
50 mètres plus haut, Liv est épuisée, il est déjà 15 heures et la vraie faim se fait sentir. Une poignée de cacahuètes n'y peut plus suffire, il faut du costaud, alors on sort l'artillerie lourde. On s'affale sur le bord de la piste et sortons des sacoches la petite boîte de paté Henaff qui nous reste de l'approvisionnement de Tashkent : un vrai régal sur du pain frais de ce matin, avec une tablette de Milka en dessert... voilà un déjeuner réparateur ! 
300 mètres nous séparent encore du col, on les grimpe tant bien que mal, en poussant nos vélos. Et enfin, au détour d'une épingle, sans prévenir, la vue se dégage brusquement sur un immense plateau, bien plus grand que ce que l'on imaginait, et au milieu duquel s'étend un vaste lac bleu profond : le voilà ce fameux Song Kol... 

La saison est déjà bien avancée, mais il reste ça et là des campements nomades : les yourtes sont éparpillées sur le plateau comme des marguerites dans une grande pelouse, ou comme l'écrit poétiquement Ella Maillard « comme des œufs de mouche sur un pli de viande avariée ». Des troupeaux de chevaux, de moutons et de chèvres déambulent en liberté dans cet immense espace où règne un silence assourdissant. Le spectacle, contemplé depuis le col, est grandiose. Nous prenons le temps de nous en imprégner, avant de descendre tranquillement vers le lac sur une piste qui devient rapidement une simple trace au milieu des herbes, comme un doux tapis de velours. Quel plaisir de descendre sur ce ruban de feutre après avoir poussé le vélo dans les cailloux ! On se laisse guider par les chemins traces. Elise repère une yourte à proximité où deux chiots mignons comme tout aboient gentiment. Lorsque Thomas franchit le petit ruisseau qui nous en sépare, CRAC !, voilà la chaîne qui re-casse une troisième fois. « Putain ! », crie-t-il dans un coup de colère, mais Elise est déjà toute affairée à faire des papouilles aux deux chiots sous le regard amusé d'un petit gamin de 3 ans, et la maman qui sort de la yourte nous invite à prendre le thé... Nous avons trouvé notre famille d'adoption pour 2 nuits ! 


Nous voilà sous la yourte, à nous régaler à nouveau d'une délicieuse confiture sur du pain maison, tout en sirotant thé sur thé. Le père Cemil, et son fiston de 12 ans, Mered, sont bientôt de retour au foyer et je leur explique mon souci : trouver une clé pour pouvoir manœuvrer mon démonte-cassette. Mered, du haut de ses 12 ans, est vif comme l'éclair : en deux secondes il a compris et me ramène une petite pince. Ici, ils n'ont rien de mieux. Il me regarde attentivement décharger les sacoches, retourner Aranda, démonter la roue et sortir ma petite trousse à outils. Et nous voici, lui à tenir le fouet de chaîne pour maintenir la cassette, moi à serrer fermement la pince en essayant de faire tourner le démonte-cassette... sans succès, la pince dérape à chaque coup. Le père, qui suit également l'opération, semble soudain avoir une idée. Du petit étui en cuir qu'il porte en bandoulière, comme tous les nomades croisés sur le plateau, il sort une vieille paire de jumelles, et regarde au loin chez la yourte des voisins : oui, il y a du monde ! Ceux-là ont une auto, ils doivent bien avoir des outils ! Sitôt dit sitôt fait, nous filons à travers le plateau chez les voisins, lui à cheval et moi avec Buzuk. Le voisin n'est pas là mais sa femme nous laisse fouiller dans la caisse à outils dans la voiture : bingo ! Voilà une clé de 16 ! Mais halte là jeune homme, on ne repart pas comme ça sans avoir bu un petit kymyz ! Cette fois, il faut y passer, et tout à ma joie d'avoir finalement trouvé ici, en plein cœur du Kyrgyzstan, sur un plateau désert à 3000 mètres d'altitude, l'outil qui me manquait, j'avale sans broncher mon bol de lait de jument fermenté. C'est acide et ça pique, mais c'est excellent pour la santé, parait-il ! 
De retour chez Cemil et Djepar, à l'aide de Mered, je change la cassette, je nettoie à fond les dérailleurs et le pédalier, j'installe la nouvelle chaîne... Aranda est prête à repartir, la transmission comme neuve ! 

Instants de vie de nomade 
Cemil et Djepar ont 4 enfants. Chaque année, ils installent leur yourte au lac à partir du mois de mai et jusqu'au mois d'octobre. Ils montent avec leurs animaux (12 juments, 1 vache et une trentaine de brebis), et ceux qu'on leur a confiés. Cette année ils ont donc plus de 200 brebis et chèvres. Chaque matin, Djepar trait sa vache puis écrème le lait, et Cemil part à dos de cheval mener les brebis et chèvres pâturer. Les juments sont traites le soir et laissées en liberté toute la nuit et la journée... Mered est très doué pour retrouver tous ces troupeaux au milieu des autres, et les faire rentrer a la maison. 
La famille est presque auto-suffisante en nourriture. Heureusement car leur seul revenu est celui du gardiennage des animaux : chaque brebis ou chèvre gardée 5 mois au lac leur rapporte 1,50 euros. Les nuits sont fraîches et nous apprécions dormir dans la yourte, même si nous sommes coincés entre les bouts de viande de cheval à sécher, la panse d'estomac de mouton remplie de beurre et le caillé de fromage... 

Les yourtes ne sont pas bien grandes, mais pas besoin de plus. Un poêle, alimenté toute la journée par des bouses de vache sèches ou du charbon, sert à faire cuire le pain, chauffer l'eau pour le thé et mijoter la soupe... Le petit panneau solaire aperçu à l'extérieur est relié à un bijou de technologie chinoise : un caisson bleu qui renferme une batterie de voiture, et sur la façade duquel sont enfichés un fusible, une rangée de prises 12 V pour brancher des ampoules, deux hauts parleurs et un auto-radio. Le yourto-radio, appelons-le ainsi, débite en boucle une musique pop kyrghize fort amusante, sorte de turbo-folk local lourdement rythmé et agrémenté du chant aigu et enjoué de quelques chanteuses folkloriques déclamant les merveilles du Kyrghizstan... C'est fantastique ! La radio ne fonctionnant plus, nous offrirons à Cemil notre petite radio portable. Il en était tellement content qu'il l'a trimbalé avec lui toute la journée et du coup on l'entendait revenir… 


Après deux jours de repos au lac Song-Kol, nous reprenons la piste pour rejoindre la vallée de Fergana puis la frontière chinoise.
Voila encore quelques photos pour vous faire rêver...
20110913 - Kyrghzstan 1 TashKomur SongKol