vendredi 5 août 2011

Welcome to Iran !

35 petits kilomètres séparent la petite ville de Dogubeyazit de l'Iran. C'est une route importante, fréquentée par des taxis et des minibus qui conduisent leurs passagers jusqu'au poste frontière, occasionnellement par quelques cyclistes, et surtout par un flux continu de camions turcs et iraniens, flanqués de la pancarte « TIR » - Trafic International Routier.

Les poids lourds iraniens qui nous croisent, vieux trucks à la petite cabine et au gros moteur, tractent de sombres citernes de fioul et crachent une opaque fumée noire ; leur plaque minéralogique est frappée de chiffres en arabe... Ça nous met dans l'ambiance !!

La route longe le mont Ararat : la majestueuse montagne, culminant à plus de 5000 mètres, domine largement le paysage environnant, fait de modestes collines où les bergers emmènent paître leurs troupeaux. C'est là que l'arche de Noé se serait échoué et que la vie aurait repris, après le déluge. Les neiges éternelles contrastent joliment avec l'aridité qui règne partout autour. On apercevra le mont jusque de l'autre côté de la frontière...


On déguste nos derniers instants en Turquie : photos du paysage, saluts aux voitures qui nous doublent en klaxonnant... 500 mètres avant le poste frontière, on s'arrête écouler nos pièces de lires turques dans une petite épicerie. Ces mêmes petites épiceries que nous avons vu dans tout le pays, d'Edirne jusqu'à Dogubeyazit. On discute avec le patron... Ah, on peut dire qu'on était bien dans ce pays, et qu'on commençait presque à s'y sentir chez nous !

Avoir appris à nous dépatouiller en turc y est pour beaucoup, mais ne fait pas tout : nous avons aussi apprivoisé les habitudes des gens, assimilé les manières de communiquer... bref nous avons pris nos repères dans la vie quotidienne... autant de repères qui, une fois franchi la frontière, vont peut-être tous s'effondrer !On est un peu intimidés à l'idée de quitter la Turquie pour pénétrer en terra incognita... mais malgré tout on est pressés d'y être ! Alors zou, on parcourt les dernières centaines de mètres jusqu'au pays des mollahs.


Nous suivons l'itineraire pour les pietons et véhicules privés, pour arriver devant un policier turc qui nous tamponne notre passeport : Güle güle Turkiye !!

Face à nous, de l'autre côté de deux lourdes barrières coulissantes en acier, se dressent les portraits géants de l'imam Khomeyni, leader de la Révolution Islamique en 1979, et de l'actuel Guide Suprême Ali Khameini. Ces portraits vont nous suivre pendant toute la traversée du pays...

Nous franchissons la limite avec un petit fond d'appréhension... le genre de stress débile qui vous prend quand vous voyez un contrôle de gendarmerie sur la route alors que vous n'avez rien bu, que votre contrôle technique est à jour et que vous roulez en dessous de la limite !

Un soldat iranien nous oriente vers un grand bâtiment sur la gauche pour les formalités frontalières.


Une queue s'y est formée devant la guérite du policier en charge d'inspecter les passeports. On y trouve quasi exclusivement des locaux, surtout des iraniens de retour de vacances en Turquie (seul pays pour lequel les iraniens n'ont pas besoin de visa). Nous sommes peut-être les seuls « internationaux » à ce moment là.

Dans la file d'attente nous discutons avec un couple d'habitants de Tabriz, qui nous souhaitent la bienvenue en Iran. La femme explique à Elise qu'elle n'a pas besoin de porter le voile aussi serré, et qu'elle peut porter un simple foulard, de manière plus décontractée... Mais Elise préfère attendre le passage de frontiere et voir ensuite comment les femmes le portent localement !

Comme nous sommes étrangers, la vérification est un peu plus longue pour nous : une bonne demie heure en tout, avec en prime la visite d'un bureau spécial où un fonctionnaire est occupé à tamponner avec dextérité une grosse pile de petits formulaires. Mais au final, notre entrée est validée sans aucune difficulté particulière.

A la douane, pas de soucis, l'inspecteur ne nous demande même pas le contenu de nos sacoches, alors que certains locaux ont droit à des fouilles de bagages complètes... Et hop, on ressort de ce sombre bâtiment policier pour nous retrouver à l'air libre... en Iran !!!


Longue descente jusqu'au village de Bazargan, où nous pique-niquons sur le bord de l'avenue principale. On poursuit ensuite notre route jusqu'à Maku. Ces premières minutes dans ce nouveau pays sont riches en sensations, en découvertes, en dépaysement : les pancartes sont écrites en arabe, y compris les distances kilométriques. La langue a changé, le regard des gens aussi...


A l'arrivée à Maku, nous souhaitons changer nos lires turques pour des Rials. Pas de bol, c'est vendredi, toutes les banques sont fermées... Les seuls bureaux de change ouverts sont à Bazargan, 15 kilomètres en arrière et plus haut ! Arrgh !

Heureusement nous rencontrons Afshin, il parle un peu anglais et nous vient gentiment en aide : d'abord il nous conduit jusqu'à un distributeur automatique, tire de l'argent pour nous et nous le change à un taux très avantageux contre nos lires turques.

Une poignée de lires turques s'échange contre une liasse impressionnante de billets de centaines de milliers de Rials... c'est un peu déroutant au début, d'autant plus que les iraniens utilisent deux unités : les Rials, la valeur faciale des billets, et les Tomans, qui valent 10 Rials, et qui sont l'unité systématiquement employée à l'oral. 1 euro vaut à peu près 16 000 Rials, soit 1 600 Tomans.

Changer une cinquantaine d'euros, de quoi manger et se déplacer quelques jours à deux, amène à se retrouver avec une liasse de 800 000 Rials, souvent en coupure de 20 000 Rials (qui valent, pour mémoire, 2000 Tomans). C'est à devenir fou !

Afshin nous conduit ensuite jusqu'à la gare routière, où nous achetons un billet pour Tabriz. Deux heures d'attente plus tard, on charge les vélos dans la soute et on embarque dans un magnifique Volvo climatisé, sièges neufs encore sous plastique (en fait, les iraniens ont tendance à garder le plastique sur les fauteuils neufs, tout comme les turcs gardent le plastique de protection sur les menuiseries PVC...), et épaulettes rutilantes sur la chemise du chauffeur.


Nous arrivons à 23 heures à Tabriz, où Memet nous retrouve à la descente du bus... Au guidon de son VTT Giant, il nous guide, au milieu d'un monstrueux trafic, jusque chez nos hôtes.

Ici, le trafic est complètement dément, les voitures font vraiment n'importe quoi : griller la priorité, forcer le passage, freiner au dernier moment, tourner brusquement sans clignotant, faire des queues de poisson, couper deux files brutalement, s'arrêter intempestivement au milieu de la circulation, prendre une artère à contre-sens, faire marche arrière sur la quatre voie, prendre les rond-points à l'envers... En fait, c'est la loi du plus fort !

Dans ce monde de brutes, les piétons n'ont pas le droit d'exister, ils sont complètement ignorés. Les passages-piétons, pourtant matérialisés à certaines intersections, semblent être un concept largement méconnu : c'est assez perturbant au début de s'engager prudemment sur un passage protégé, et de voir au bout de la rue une voiture ou un autobus accélérer sans dévier sa trajectoire d'un pouce, pour finir par vous frôler, s'il ne vous a pas forcé à fuir en avant ou à battre en retraite sur le trottoir...

A vélo, on est guerre plus en sécurité... et on ne regrette donc pas d'avoir décidé de ne pas pédaler dans ce pays de fous du volant !


Voilà le petit récit de notre entrée dans l'ex-royaume de Perse, actuelle République Islamique d'Iran... Nous vous donnerons bientôt des nouvelles des découvertes et des rencontres que nous y faisons !

4 commentaires:

Erinc a dit…

Hey!
I was trying to find you and finally I found your blog =)
This is Erinc. Do you remember? We met after the ferry on Karakoy! I was with Damien (A Turkish friend of him).

After you, I told your story to my all close friends. Because you really inspired me. After you I plan to go to Iran! You both are really important models for me.

I want to follow your all road memories on here. if you have e-mail and facebook addresses please write me!
My adress is for both: erincsaygili@gmail.com Erinc Saygili.
I hope everything is perfect for you!
Keep in touch take care and good luck! =)

Erinc

Anonyme a dit…

salut les amis

mille merci pour votre photo

et puis pour le blog, on regarde régulièrement votre avancement, et nous sommes toujours ravi de lire vos commentaires. l'écriture est bien agréable, et les photos font rêver. j'espère que tout se passe bien en iran, votre voyage est vraiment extraordinaire. je, nous, vous souhaitons, que cela continue avec de belles rencontres. ma foi, liu, tu as bien progressé en vélo ;)
ici le festival est passé, superbe année pour l'organisation avant/après mais une faible fréquentation va nous obliger à repartit à zéro d'un oiunt de vue financier. on a un peu les boules, le poste d'employé va être supprimé, mais tout cela marque un nouveau départ pour tout le monde, ce qui n'est pas un mal au bout de 9 ans.

pour la petite fiesta en auvergne, c'était chouette on remettra ça dès votre retour.

amusez vous bien, pas d'EPO bien sûr, et surtout irmamatou

so & tib

Perrine a dit…

C'est toujours un plaisir de lire les articles du blog et voir vos avancées et vos expériences ! J'étais en Turquie l'été dernier, et je me suis sentie complètement replonger dedans quand j'ai lu vos articles ! :) j'attendrais vos articles du vietnam où je suis en ce moment.
Bon courage pour la suite, c'est vraiment super votre périple !

A bientot !
Perrine (cousine de thomas)

alain a dit…

Merci pour ce blog qui nous permet de découvrir pleins de choses..
Alain